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Monday, December 14, 2009

Environnement : sans système de prix efficace, point de salut

Nathalie de Marcellis-Warin
Professeure à l’École Polytechnique et Vice-présidente Risque et Développement durable CIRANO

Mathieu Laberge
Économiste et directeur de projet CIRANO

Nul ne doute que d’ici la clôture du Sommet de Copenhague, le 18 décembre, les leaders mondiaux prendront de nombreux engagements en faveur de l’environnement et contre les changements climatiques. Or, comme l’ont démontré les suites du protocole de Kyoto, en l’absence d’unanimité sur les moyens à prendre, le résultat obtenu est souvent loin des engagements. Si l’on souhaite passer de la parole aux actes, il faudra cette fois-ci utiliser les systèmes de prix comme solution environnementale.

Il existe deux moyens pour intégrer le coût de la pollution dans les prix auxquels les entreprises et les consommateurs font face. Le gouvernement pourrait contraindre les entreprises à acheter des crédits de carbone en imposant par voie réglementaire la « carboneutralité » à leur processus de production. Alternativement, il pourrait percevoir une taxe sur les émissions polluantes. Les recettes de cette taxe serviraient à acheter des crédits de carbone.

Chaque approche a ses forces et ses faiblesses. Néanmoins, dans les deux cas, l’effet est le même : la demande pour les crédits de carbone augmenterait, ce qui aurait pour effet d’en augmenter le prix sur les marchés internationaux. Ceci inciterait les entreprises à choisir des modes de production qui respectent l’environnement afin de minimiser la hausse de leurs coûts de production liée à l’achat de droits de polluer. Ces mécanismes de prix rendraient donc les alternatives écologiques plus attrayantes pour les entreprises.

Puisqu’ils sont les utilisateurs finaux des matières polluantes qui entrent dans la composition de leurs biens, les consommateurs auront nécessairement à assumer une part de ce coût supplémentaire. Cette hausse de prix les encouragerait cependant à modifier leurs choix de consommation vers des produits ou des modes de production plus écologiques. Les entreprises seraient conséquemment incitées à offrir des produits qui répondent aux attentes de leurs clients, tant en matière de prix que de rendement environnemental. D’un cercle vicieux de la dépendance aux modes de production polluants, on passerait ainsi à un cercle vertueux de la responsabilité environnementale.

Tirer les leçons de Kyoto
À l’égard de l’impact environnemental des mécanismes de prix, Copenhague semble être l’occasion d’apprendre des erreurs du protocole de Kyoto. Les objectifs de Kyoto ont tenté d’être réalisés par la mise en place de deux grandes catégories de moyens : l’adoption de standards environnementaux dans la réglementation et les campagnes de sensibilisation misant sur des mesures volontaires. Ces deux moyens proposent une réponse parfois efficace mais toujours partielle en l’absence de l’internalisation des coûts de la pollution dans le système de production.
Les mécanismes de compensation des émissions de gaz carbonique en sont une bonne illustration. Ceux-ci permettent de payer pour financer des initiatives de réduction des gaz à effet de serre et ainsi rendre certaines activités polluantes « carboneutres ». Leur caractère volontaire montre toutefois leurs limites. Plusieurs organismes proposent des services de compensation pour l’utilisation des voitures, des vols en avion et des systèmes de chauffage au mazout. Pourtant, combien d’automobilistes, de voyageurs et de propriétaires de maisons chauffées au mazout utilisent ces services?

Sans changement dans le prix des matières polluantes et sans l’internalisation des coûts de pollution, il y a fort à parier qu’il n’y aura pas de changement dans le comportement des entreprises et des consommateurs. Espérons donc que Copenhague sera un Kyoto où l’unanimité régnera et où ce qui manquait dans le protocole précédent sera inclus dans la nouvelle entente: l’utilisation du système de prix comme incitatif le plus efficace pour réaliser des engagements environnementaux audacieux.

Wednesday, September 09, 2009

Bons constats, mauvaises solutions: l'industrie forestière en question

Voici une Note CIRANO que j'ai publié récemment.

Pendant longtemps, on a considéré dans certains milieux que seule une diminution du volume de coupes pouvait limiter les conséquences environnementales de l’exploitation forestière. L’évolution récente des produits développés dans certains secteurs de l’industrie démontrent qu’il est désormais possible d’utiliser à meilleur escient la ressource et de minimiser le gaspillage qui était autrefois associé à son exploitation. Cette évolution laisse donc entrevoir une alternative à la réduction du volume de coupes. (Source de l'image: www.lesaffaires.com)

DES ALTERNATIVES TECHNOLOGIQUES
L’émergence du secteur des produits du bois pourrait encourager le développement de nouveaux produits mieux adaptés aux demandes des consommateurs. Ces produits sont souvent composés de matières qui autrefois étaient simplement considérés comme des résidus. Par exemple, les produits en bois lamellé-collé, les poutrelles en I, les solives de toit ajourées et les panneaux prémoulés à haute densité sont des produits du bois à haute valeur ajoutée qui peuvent permettre de valoriser une partie de la ressource qui serait gaspillée autrement.


De son côté, l’industrie des pâtes et papier devra identifier de nouveaux créneaux technologiques de développement, notamment dans les domaines des biotechnologies et des nanotechnologies, pour assurer sa relance. Dans le premier cas, on peut penser à des initiatives de cogénération d’énergie où la vapeur créée en brûlant des matières résiduelles comme l’écorce des arbres permettrait à la fois d’alimenter une turbine de production électrique et les séchoirs de pâtes à papier. Dans le cas des nanotechnologies, l’exemple le plus évocateur est l’utilisation des nano-fibres issues de la cellulose du bois pour renforcer les plastiques. Celles-ci pourraient par exemple remplacer la fibre de verre dans la fabrication de pare-chocs automobile. À terme, certaines usines de pâtes et papiers pourraient se transformer en bio raffineries qui produiraient des nano-fibres de cellulose, qui offrent un rendement très élevé. Les résidus, des sucres et de la lignine, pourraient être utilisés pour fabriquer du méthanol et des abat-poussière routiers.



UNE ÉVOLUTION HÉTÉROGÈNE
Cette transformation de l’offre de produits du bois se traduit dans les indicateurs économiques de chaque segment de l’industrie. Ainsi, le secteur des produits du bois a connu une hausse de 2,3 % de la valeur de ses livraisons et de 6,1 % de sa valeur ajoutée par année, depuis 2000. Cela s’est accompagné d’une hausse de la productivité et de l’emploi, ainsi qu’une stabilisation des conditions salariales des employés.


Au contraire, le secteur des pâtes et papiers a connu une décroissance rapide de tous ces indicateu
rs au cours des dernières années. Sa valeur ajoutée a connu une diminution annuelle moyenne de 8,7 % et la valeur de ses livraisons a diminué de 4,2 %. Les secteurs du bois d’œuvre et de l’exploitation forestière font plutôt figure de cas mitoyens.

En somme, tous les secteurs de l’industrie forestière ne vivent pas la même réalité. Conséquemment, ils n’ont pas besoin du même support de la part des pouvoirs publics. Bien qu’ils aient connu des difficultés dans le passé, les secteurs de l’exploitation forestière et des produits du bois ont fait des progrès importants. Il semble néanmoins nécessaire de venir en aide aux travailleurs touchés par la crise structurelle dans le secteur des pâtes et papiers ainsi que ceux touchés par la crise conjoncturelle dans le secteur du bois d’œuvre. Ce support ne signifie toutefois pas de maintenir à flot des entreprises qui font preuve d’une incapacité à s’adapter à la nouvelle donne de l’industrie.



UNE AIDE MIEUX CIBLÉE
Alors que la réorganisation dans le secteur des pâtes et papiers est en cours depuis déjà plusieurs années, les gouvernements ont pris prétexte de la récession pour verser de nouvelles aides financières aux papetières et à l’industrie forestière. Pourtant, on peut croire que les interventions gouvernementales n’auront que peu d’impact sur l’issue de la transformation industrielle en cours dans ce secteur. De fait, cette restructuration est nécessaire et elle se poursuivra après la récession, au même titre qu’elle a débuté bien avant celle-ci.


Dans le contexte où les différents secteurs de l’industrie du bois évoluent de façon divergente, un questionnement fondamental se pose en regard des politiques publiques adoptées jusqu’ici. Serait-il plus judicieux d’utiliser les deniers publics pour favoriser la recherche et le développement de nouveaux produits du bois à haute valeur ajoutée? Vaut-il mieux aider une industrie naissante que de maintenir sur le « respirateur artificiel » un secteur incapable de faire face à la concurrence internationale?
Le rapport Bourgogne qui est à l'origine de cette Note peut être consulté au:

Thursday, May 08, 2008

Prix des produits agricoles: les vraies causes | Agricultural prices: the real causes

Il y a quelques semaines, le documentariste Hugo Latulippe est allé à l'émission Tout le monde en parle présenter sa nouvelle série de documentaires. Pendant l'entrevue, il a abordé la question de la crise alimentaire actuelle. Il n'a pas manqué d'attribuer la hausse des prix des produits agricoles aux capitalisme et à l'organisation de la société autour du profit!
Je n'ai pu m'empêcher de penser qu'Hugo Latulippe devait avoir soit une connaissance très sommaire de l'économie, soit une réflexion à très courte vue pour déclarer des énormités de la sorte... Il y un ensemble de facteurs qui influent sur les prix des denrées alimentaires, et il est vrai que la spéculation est parfois un de ces facteurs. Mais actuellement, il me semble que demande accrue pour les produits agricoles explique mieux que la spéculation la crise alimentaire.

(Source: www.onf.ca)

Or, d'où provient cette demande pour le maïs et le soya? Vraisemblablement, elle provient du développement rapide des biocarurants, comme l'éthanol. Fabriqués à base de maïs notamment, la croissance de la popularité de l'éthanol a créé un accroissement de la demande pour les céréales. Comme quiconque a fait des cours d'économie au cégep, il en résulte une augmentation des prix. Selon une étude du FMI (en anglais), la croissance de la demande dûe à la production d'éthanole explique 70 % de l'augmentation du prix du maïs et 40 % de celle du soya.

Il va de soit que si la production d'éthanol s'est si rapidement développée, c'est qu'elle a fait l'objet de subventions importantes suite aux pressions des groupes environnementaux. Loin d'être le capitalisme ou le marché qui cause la crise actuelle, ce serait plutôt les politiques mal avisées sous l'impulsion des lobbies environnementaux. Il y a là un dogmatisme qu'on a observé dans le cas des éoliennes au Québec où des écologistes ont appuyé des projets développés dans un manque de transparence complet.
Je ne suis pas de ceux qui nient la nécessité de faire quelque chose pour sauvegarder l'environnement, mais encore faut-il le faire correctement. Les curés verts seront confondus!

* * * *

A few weeks ago, the filmaker Hugo Latulippe went to Tout le monde en parle, a popular TV show on the French channel of the CBC. During the interview, he talked about the food crisis we actually know, attributing it to capitalism and companies seeking profits.

I couldn't help it, I thought Latulippe must have either a very bad economic knowledge or a very short sighted reflexion to say such absurd things on national TV. Many factors can influence agricultural prices, and it is true to say that speculation may be one of these. However, with the actual food crisis, I think there much more important factors than speculation, notably an increase in the demand for agricultural products.
And where does this increased demand for corn and soybean comes from? Apparently from the new popularity of biofuels, such as ethanol. Made from cereal, the increased demand for biofuels also created a sharp increase in demand for agricultural products. As anybody who made a module in economics in College knows, it results in an increase of price. According to a new study by the IMF, "biofuels accounts for 70 percent of the increase in corn prices and 40 percent of the increase in soybean prices."
It is obvious that generous subsidies given to the biofuels companies, under the pressure of environmentalist lobbies, contributed a large part in the development of the industry and thus to food prices increase. Far from being caused by capitalism, the food crisis seems to find its origin in bad policies adopted under the green lobbies. There is some dogmatism under these policies which resemble pretty much the one of environmentalist who encouraged bad wind power projects in Quebec. (in French)

I agree we must do something to help the environment. But we have to do it consciously and correctly. Doing anything without thinking about it carefully won't help. Green preachers might be the cause, not the solution...