Friday, May 02, 2008

Lettre aux manifestants du 3 mai | Letter to the May 3 demonstrators

Pour un système de santé public véritablement au service des citoyens, faisons place au privé!

Voici une lettre ouverte rédigée par mon collègue Marcel Boyer et adressée aux manifestants qui circuleront demain dans les rue de Montréal pour commémorer la fête des travailleurs. J'ai cru que les arguments sur la place du privé en santé valait la peine d'être mentionnés. Vous pouvez consulter la lettre à cette adresse également.

Marcel BOYER

Vice-président et économiste en chef de l'Institut économique de Montréal et titulaire de la Chaire Bell Canada en économie industrielle à l'Université de Montréal.


Les citoyens du Québec veulent un système de santé de qualité, universel et accessible. Plusieurs groupes de pression présents dans le domaine de la santé défendent bec et ongle, sous un discours toujours généreux et enrobé dans une langue de bois exemplaire, leurs intérêts propres, souvent aux dépens de la satisfaction des besoins des citoyens. On le voit clairement dans l’appel à manifester le 3 mai, lancé par une coalition bien pensante sous la direction des grandes centrales syndicales.

On prend bien soin dans cet appel de semer la confusion entre la qualité des soins rendus aux citoyens et le mode de prestation de ces soins. On associe subtilement système de santé public et prestation des soins par des entreprises et organismes gouvernementaux. Mais il ne faut pas oublier que ces organismes sont souvent contrôlés par des groupes d’intérêts politiques, professionnels et syndicaux, à l’exclusion des patients eux-mêmes! Ces groupes bénéficient de conditions de travail et d’une organisation du travail qui contribuent à l’inefficacité du système.

La qualité d’un système de santé public n’exige aucunement que la prestation des soins soit contrôlée par un système monopolistique d’organismes « gouvernementaux ». Les citoyens et les patients ont besoin de fournisseurs de services de santé compétents et efficaces. S’il s‘avère que ces fournisseurs sont des organisations gouvernementales super syndiquées, très bien. Mais la seule façon pour les citoyens de s’en convaincre, c’est de mettre tous les fournisseurs intéressés en concurrence. C’est ce qu’on pratique dans presque tous les domaines de notre vie privée et publique. Pourquoi pas dans notre système de santé?

Il revient au secteur gouvernemental de définir le panier de biens et services, tant en quantité qu’en qualité, couverts par le régime public. Mais il revient au secteur privé, composé des entreprises d’économie sociale, sociétés à but lucratif, coopératives et autres organismes intéressés, de produire et distribuer ces biens et services de santé sous contrat avec le secteur gouvernemental dans le meilleur intérêt des citoyens et patients. Bravo si les organisations incompétentes ou inefficaces qui empoisonnent notre système de santé public devaient, lorsque mises en concurrence, disparaître et laisser leur place à des organisations plus compétentes et efficaces. Un système concurrentiel pour la fourniture de services de santé devrait être l’essence même d’un système public, universel et accessible.

En France
Pour se convaincre de l’intérêt d’ouvrir notre système de santé aux fournisseurs privés, on peut considérer le cas de la France. Le système français, même s’il est loin d’être à l’abri de toutes critiques, obtient de meilleurs résultats que le nôtre et repose en partie sur des prestataires privés, souvent à but lucratif. Le système public français domine le nôtre sur presque tous les plans, en particulier en ce qui concerne les files d’attente, pratiquement inexistantes, et en ce qui a trait au taux de mortalité évitable dû à des soins de santé déficients. Le système français vient contredire les défenseurs du statu quo au Québec et montre que des fournisseurs de soins privés peuvent apporter une importante contribution à un réseau public de santé sans menacer les objectifs d’accessibilité et d’universalité des soins, bien au contraire.

En 2005, on dénombrait en France 1052 établissements de santé privés à but lucratif, soit 37 % du total, avec 21 % des lits. À titre de comparaison, le secteur privé à but lucratif aux États-Unis représente seulement 15 % de l’ensemble des hôpitaux et 12 % des lits! Les établissements privés à but lucratif français réalisent 50 % des chirurgies de l’appareil digestif, 40 % des chirurgies cardiaques, 75 % des opérations de la cataracte et 30 % des accouchements!

Fournisseurs publics et privés, à but lucratif ou non, sont pleinement intégrés au régime public d’assurance maladie, qui rembourse 75 % des dépenses de santé (92 % des frais d’hospitalisation), que ces dépenses aient été encourues dans un établissement privé ou public, le reste étant assumé par des assurances complémentaires et par les patients eux-mêmes. Depuis 2000, une couverture médicale universelle (CMU) couvre à 100 % tous les assurés à faible revenu et 50 % d’entre eux choisissent d’être soignés dans le privé!

Dernier clou : le taux de croissance annuel moyen des dépenses réelles de santé par habitant en France s’est élevé à 2,3 % (1995-2005), le plus faible taux des pays de l’OCDE après l’Allemagne et ce, malgré le vieillissement rapide de sa population. La concurrence dans le secteur hospitalier en France est un des facteurs clés qui expliquent ces résultats : en poussant les établissements à chercher constamment à améliorer la qualité de leurs services et à se démarquer des concurrents, elle les incite à innover et à limiter leurs coûts. Il n’est pas surprenant de constater que les Français montrent un des taux de satisfaction les plus élevés au monde à l’égard de leur système de santé.

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In this piece, published today and adressed to the demonstrators who will commemorate the Wokers' Day tomorrow, my colleague Marcel Boyer argue that involving the private sector in healthcare provision would help giving better care to Quebec's patients. He takes several examples drawn from the French example to demonstrate that a mix of public and private providers succeed in reaching high quality and more accessible treatments. You can read the "Letter to the May 3 demonstrators" on this web page (in French).

Thursday, May 01, 2008

Ce dont ils auront l'air dans 4 ans | How will they look in four years

Source: PopPhoto.com

On le sait, la politique est un métier exigeant qui dévore littéralement ses adeptes... Voici un lien amusant vers PopPhoto.com qui montre ce à quoi pourraient ressembler les candidats Obama, Clinton et McCain après 4 ans de régime présidentiel... Attention aux âmes sensibles, certaines photos peuvent être choquantes!




Source: PopPhoto.com
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As we know, getting involved in politics is terribly difficult. Here is a link by PopPhoto showing what 2008 presidential candidates Obama, Clinton and McCain could look in four years. Sensible hearts be carefull: some of them are quite shoking!

Source: PopPhoto.com

Sunday, April 20, 2008

Pour des tarifs variables à la STM | For variable rates at the STM

Voici le texte d'une lettre ouverte que j'ai publiée dans La Presse de ce matin.
Mathieu Laberge
Économiste à l'Institut économique de Montréal.

Les Montréalais vont bientôt se familiariser avec la carte à puce dans le métro et les autobus. Ce serait le moment pour la Société de transport de Montréal (STM) de repenser sa politique de tarification, en adoptant une approche utilisateur-payeur.

Disons d'emblée qu'il faudrait mettre de côté les recommandations d'un comité consultatif du gouvernement du Québec qui recommande de réduire les tarifs des transports en commun de 50% d'ici 10 ans, afin de favoriser la mobilité des personnes les plus pauvres. Avec de bonnes intentions, on veut ici nous amener dans une mauvaise direction. L'accessibilité aux services de métro et d'autobus ne devrait pas servir d'excuse au maintien d'une structure de tarification qui ne reflète pas la valeur du service reçu par les usagers. Il existe déjà des moyens plus efficaces que les politiques tous azimuts pour garantir l'accessibilité aux transports en commun aux plus vulnérables de notre société.

D'autres façons d'assurer l'accessibilité
Tout comme c'est le cas pour les droits de scolarité ou les tarifs de garderies, il est préférable de subventionner directement les usagers des transports en commun dans le besoin plutôt que de garantir à tous un tarif uniforme et anormalement bas par rapport à la valeur du service reçu. Par exemple, les tarifs préférentiels pour les étudiants et les personnes âgées visent à améliorer l'accès aux transports en commun pour certaines clientèles. Cette mesure est toutefois maladroite, car on ne peut présumer que l'ensemble des étudiants et des personnes âgées gagne un faible revenu. Pour assurer un accès aux usagers démunis, il serait plus efficace d'instaurer un crédit d'impôt remboursable ou une autre mesure qui tienne compte du revenu de l'usager. Dans plusieurs cas, ces mesures mieux adaptées existent déjà. Depuis 2006, le gouvernement fédéral offre un crédit d'impôt pour les titres de passage des transports en commun. Dans le cas des étudiants à faible revenu, le calcul des prêts et bourses par l'Aide financière aux études intègre déjà le coût des titres de transport dans les frais de subsistance. On pourrait s'inspirer de ces mécanismes pour le versement du supplément de revenu garanti aux aînés ou de l'aide sociale. On aiderait ainsi de façon ciblée ceux qui en ont véritablement besoin.

Une tarification utilisateur-payeur
Une tarification uniforme sans égard à l'utilisation n'est pas équitable, car en gommant le principe de l'utilisateur-payeur, elle force implicitement certains usagers qui coûtent moins cher à en subventionner d'autres qui consomment davantage de ressources. Si on adoptait une tarification variable, il est vrai que les passagers qui voyagent aux heures de pointe paieraient un tarif plus élevé, mais il en irait tout autrement des usagers qui demeurent près de leur lieu de travail, qui travaillent le soir ou la nuit ou qui favorisent les déplacements à pied ou à bicyclette pour de courtes distances. Avec l'arrivée de la carte à puce, la mise en place d'une tarification variable selon le moment de la journée et la distance parcourue, à l'image de celle de nombreuses sociétés de transport à l'échelle internationale, devient envisageable à la STM. Ce mode de tarification contribuerait à un financement adéquat tout en étant plus efficace du point de vue économique. Lorsqu'un automobiliste se déplace sur de plus grandes distances avec sa voiture, il assume un coût plus élevé tant en consommation de carburant qu'en détérioration de la condition générale de son véhicule. Pourquoi serait-ce différent pour les transports en commun?
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In this paper, published this morning in La Presse, I argue we should seriously consider implementing variable rates for public transit in Montreal. For example, someone travelling at peak hour (let's say 7am to 9 am or 4pm to 6om) would pay more than people travelling off peak. Also, people travelling longer distances would pay more than a user only travelling two underground stations. This would send a clear message to public transit users about the value of the service they receive. It would be more efficient and would prevent any waste of resources, like using public transit when you can walk or use alternative transports. Keep in mind that, at the moment, the Montreal Public Transit Society (STM, in French) sell a "all-you-can use" monthly or weekly card. This might change with the new chip-card being implemented from now on.
Some might argue that variables rates would harm poor people often relying on public transit for their travels. I would answer there are better ways to offset the adverse effect of variable rates on poor people than charging universally low prices. For example, we could consider creating a reimbursable tax credit for poor people using public transit. Alternatively, we could adapt the social security for poor, students and elderly to take into account the new princing policy. The federal government has such a tax credit - although it is not reimbursable and it does not take into account the revenue of users, it shows how it is easy to create such fiscal measure. The Quebec Aide Financière aux Études (Public grants and loans) also take into account the public transit cost in its computation parameters... This could be extended to social security and to the garanteed revenu supplement.
When motorists use their car for longer distances, they bear a higher cost with theiur car deterioration and by burning more fuel. Why should it be different for public transit?

Wednesday, April 16, 2008

L'avenir de l'éducation post-secondaire | Post-secondary education's future

Voici le texte d'une conférence que j'ai prononcée dans le cadre d'un débat sur le financement de l'éducation pour la Semaine de la Citoyenneté au Cégep du Vieux-Montréal. Le texte prononcé a préséance:
INTRODUCTION
Je voudrais d’abord vous remercier de m’accueillir dans le cadre de cette conférence sur le financement de l’éducation pour la semaine de la citoyenneté.

C’est toujours un plaisir de revenir dans cette institution que j’ai eu le plaisir de fréquenter pendant quelques mois.

Ce dont j’aimerais vous parler aujourd’hui, c’est comment embrasser les défis de l’avenir pour l’éducation supérieure. Certains parmi vous auront peut-être eu la chance de lire l’excellente série d’article de La Presse sur les diplômes à rabais cette semaine.

Je partage largement les craintes des intervenants interviewé : nos diplômes valent de moins en moins à mesure que le temps passe. Et j’y vois une conséquence de l’étranglement financier qu’on a imposé à nos universités depuis trop longtemps.

Ici, je me permets une parenthèse :
Ceux qui ont lu les articles de La Presse auront peut-être remarqué comme moi le nombre d’intervenants anonymes… C’est signe selon moi de l’homogénéité de pensée qui a été imposée tranquillement dans nos milieux académiques, tant universitaires que collégiaux. On vous fait croire que le financement de l'éducation est une question de principe, qu'il n'y a pas de débat à faire là-dessus... C'est faux! Les choix de société doivent faire l'objet d'une remise en question et peuvent être changés, surtout quand ils sont néfastes pour la société.

Alors, comme le temps est compté, je ne m’attarderai pas longtemps sur les formes de financement autres que la hausse des droits de scolarité. Je mentionnerai simplement que :

- Le Québec dépense 25 % de plus que la moyenne des pays de l’OCDE en éducation
- De fait, il n’y a que 3 pays qui dépensent plus que nous
o Le financement public est largement suffisant!

- Chaque dollar de réduction de la taxe sur le capital des entreprises réinjecte 1,41 $ dans l’économie québécois : c’est plus que du 1 pour 1!
o Surtaxer nos entreprises, c’est amorcer un cercle vicieux de la pauvreté pour le Québec
o La tarification est beaucoup moins dommageable

Il ne reste donc qu’une option, et ce c’est pas la révolution. Il faut augmenter les droits de scolarité…

Pourquoi?

D’abord parce qu’étudier c’est payant! Presque deux fois plus pour les individus que pour la société

Rendement privé moyen d’un bacc. : 17.25% contre 10.5% de rendement social en 2000 (Moussaly, 2005)

Il existe peu de placements qui rapportent plus que l’éducation!

Ensuite, parce que si le dégel est bien fait, c’est une mesure qui permet une meilleure équité envers les moins nantis :

À l’heure actuelle, il y a deux fois plus d’étudiants qui proviennent de familles aisées que de familles pauvres dans nos universités. C’est au Québec que ce déséquilibre est le plus important.

Ça veut donc dire que de financer l’éducation par les impôts, ça revient à faire payer l’éducation des riches par les contribuables de la classe moyenne…

Ce sont les pauvres du Québec qui paient pour l’éducation des riches à cause du gel universel des droits de scolarité.

C’est pourquoi il faut dégeler les droits de scolarité et augmenter l’aide financière aux études de façon ciblée pour aider les moins nantis. De la sorte, ceux qui ont les moyens de payer le feront, ce qui permettra de venir en aide spécifiquement à ceux qui en ont besoin.

Ainsi, les droits de scolarités augmentés graduellement avec un programme de support aux plus démunis représentent également une meilleure équité entre les étudiants eux-mêmes.

Ce qui m’amène à conclure sur ma proposition de plan de financement de l’éducation, après la période de dégel. Il s’agit d’un plan 2012-2017 :

1- Dégel asymétrique selon les disciplines pour que les droits de scolarité représentent 40 % des coûts de formation
a. Certains auront à payer plus
b. D’autre y gagneront (arts, lettres et sciences humaines)
c. Permettra une meilleur équité entre les étudiants et reflètera également les rendements différenciés des différents programmes

2-Augmenter graduellement pour rejoindre la moyenne canadienne
a. Assurer la qualité de nos universités par rapport au reste du Canada
b. Deux fois l’inflation à chaque année, ce qui implique une perte de 165 étudiants par année
c. Si on vient en aide à ceux qui en ont réellement besoin, on peut réduire voire éliminer cet effet négatif du dégel

3- Instaurer un RPR fiscalisé
a. Permettre aux étudiants les moins nantis de ne pas payer leurs droits de scolarité pendant leurs études
b. Remboursent proportionnellement à leurs revenus une fois gradués, possiblement par leur déclaration d’impôts.


CONCLUSION

Thursday, April 10, 2008

Principes d'économie | Principles of economics

Si tout était si simple...
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If only everything was so simple...

Tuesday, April 08, 2008

Les subprimes selon deux financiers britanniques | Suprimes crises according to two British finance specialists

Je vous recommande d'écouter ce court vidéo humoristique sur la crise des subprime... L'humour anglais à l'oeuvre
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I suggest you watch this short humoristic video on the subprime crisis... British humour at its best!

Saturday, March 22, 2008

Le phénomène de la "freak-économie"

voici le texte d'une chronique que j'ai prononcé lors de l'émission Ouvert le samedi sur les ondes de la radio de Radio-Canada, ce matin (le texte prononcé fait foi).

LE PHÉNOMÈNE DE LA FREAK-ÉCONOMIE
Il y a un phénomène qui prends de plus en plus de place chez les économistes : la freak-économie… ou comment la science économique permet d’expliquer nos comportements sociaux de tous les jours… Aujourd’hui j’ai décidé de vous présenter un survol de cette discipline qui a débuté dans les années 1960 avec Gary Becker de l’Université de Chicago qui a gagné un prix Nobel d’économie en 1992. Steven Livett de l’Université Harvard a quant à lui donné le nom courant à ce type de théories économiques en publiant Freakeconomics il y a quelques années.

En ce samedi de Pâques, quoi de mieux pour parler d’économie des comportements sociaux que de commencer par regarder la religion avec la loupe de l’économiste? Je ne suis pas certain que Benoit 16 sera d’accord avec cette vision des choses, mais bon… Alors, qu’est-ce que l’économie a à dire sur la pratique religieuse???


LE MARCHÉ DES RELIGIONS
Le fondateur de la science économique, Adam Smith, en 1791, a été le premier à aborder les religions comme n’importe quel autre « bien » ou organisation, c’est-à-dire en termes d’offre et de demande pour les religions. Il a avancé qu’il y avait un marché des religions et que celles-ci se faisaient concurrence pour obtenir la faveur des ouailles!

Smith est même allé plus loin en appliquant l’analyse des structures de marché aux religions, ce qui lui a fait dire qu’une religion d’État ou en situation de monopole, comme l’Église catholique ou l’Église d’Angleterre (ce sont ses exemples!), auraient tendance à devenir moribondes et non innovantes. Bref, si on lui garanti une certaine affluence et un financement stable, le clergé est tenté de délaisser le « service à la clientèle » pour s’engager dans d’autres activités : la politique, les arts, etc. Tiens donc…

D’autres économistes, comme Barro en 2003, ont tenté d’expliquer la vitalité religieuse américaine par cette théorie du marché des religions. Comme les groupes religieux sont plus nombreux aux États-Unis, la concurrence est plus féroce. Pour garder leurs fidèles, les groupes religieux américains doivent fournir à leurs membres soit des services, soit de nouvelles façons d’exprimer leur foi… publiquement si possible pour en attirer d’autres! D’où les soupes populaires, le support aux familles et aux démunis, la mission d’éducation, etc. Dans la même étude sur un ensemble de pays occidentaux, Barro conclut que le pluralisme religieux encourage la participation des fidèles!

LA RELIGION COMME PLACEMENT
Du point de vue individuel aussi, l’économie a des choses à dire sur la pratique religieuse. En effet, si globalement la participation religieuse peut dépendre des conditions du marché des religions, le choix individuel de participer à une religion peut aussi être influencé par des facteurs « économiques » au sens large.

Par exemple, comme la plupart des religions « vendent » le concept de « vie après la mort », on pourrait croire que les gens qui pratiquent une religion cherchent à « acheter leur ciel ». En termes économiques, ces gens cherchent à maximiser leur bien être dans leurs deux vies : celle-ci et la vie après la mort… Dans ce contexte, la pratique religieuse deviendrait une sorte de placement pour s’assurer une « vie après le mort » qui soit agréable!

Différentes études économiques ont trouvé que la pratique religieuse augmentait avec la foi dans une vie après la mort et avec l’âge… Elles ont également trouvé qu’il y avait plusieurs sortes de substituts religieux : les personnes dont le salaire est bas fréquentent proportionnellement plus les lieux de culte, l’église. Alors que les personnes dont le salaire est plus élevé, donc dont la valeur du temps est grande, fréquentent moins les lieux de culte mais versent plus de contributions en argent! Tous les chemins mènent au paradis!


LA DRAGUE EN LIGNE
Mais trêve de « bon dieuseries »!
Il y a d’autres domaines des comportements sociaux pour lesquels l’économie a quelque chose à dire!

Par exemple, l’existence des sites de rencontre en ligne!

On a remarqué que les membres des sites de rencontre étaient généralement âgés entre 25 et 45 ans, qu’ils étaient en moyenne plus éduqués et qu’ils occupaient un emploi, souvent dans le domaine professionnel… Pourquoi?

Éh bien, ça serait en partie parce que ces caractéristiques sont aussi celle de gens dont la valeur du temps, le coût d’opportunité en termes économiques, est élevée. Le flirt en ligne leur permettrait donc de conclure la « transaction », qui est de trouver un partenaire, plus efficacement que la drague traditionnelle!

Pensez-y… Avec la drague traditionnelle vous devez vous déplacer vers un bar, scruter la faune pour identifier des candidats potentiels, trier les candidats au gré des conversations…

Toutes des activités qui prennent du temps et qui ne se retrouvent pas dans la drague en ligne. Vous pouvez vous connecter de la maison, le moteur de recherche identifie les candidats potentiels à votre place et vous obtenez beaucoup d’information d’un seul clic!

Et remarquez bien que les sites de rencontre s’ajustent en conséquence… ils offrent des outils aux compétiteurs pour se démarquer : membres payants, cadeaux, clin d’oeils… Ils offrent aussi des outils pour juger de la véracité des informations : albums photos, web caméras et… membership payant (signal de richesse…)

LA SEXUALITÉ… VUE PAR UN ÉCONOMISTE!
Alors, comme on a commencé cette chronique très pieusement, avec le sujet de la religion, on va la terminer avec un sujet un peu plus salé! Les mœurs sexuelles revues par les économistes!

Effectivement, Richard Posner, a publié en 1992 Sex and Reason, un traité sur l’économie de la sexualité. Dans son livre, il a parcouru l’Histoire de la sexualité de la Grèce antique à aujourd’hui en essayant d’évaluer l’offre et la demande pour des partenaires sexuels ainsi que les déterminants du marché…

Il a trouvé que la rareté relative des hommes ou des femmes avait un impact sur les pratiques sexuelles d’une époque… notamment parce qu’il existe des substituts à la sexualité traditionnelle.

Par exemple, alors que les femmes grecques étaient enfermées au gynécée, c’est-à-dire pratiquement séquestrées et « sorties du marché », la pratique homosexuelle proliférait.

Un philosophe avec qui je discutais récemment me faisait d’ailleurs remarquer que c’est à Sparte que les relations sexuelles entre femmes étaient les plus courantes dans la Grèce antique… puisque les hommes étaient constamment partis à la guerre.

À d’autres moments de l’histoire, il note que des institutions sont nées pour contrôler l’offre et la demande pour des partenaires. Il prend l’exemple des monastères du Moyen Âge qui sont survenus alors que les jeunes hommes peinaient à se trouver une conjointe puisque la mode était une grande différence d’âge dans les couples…
Dans la même veine, certaines innovations ou certains changements comme la pilule anticonceptionnelle, l’arrivée des femmes sur le marché du travail et les programmes sociaux de soutient aux familles monoparentales réduisent le coût associé à une rupture du couple…

Bref, Posner démontre de façon assez convaincante qu’il y a aussi des comportements de marché derrière notre quête d’un partenaire sexuel et que les pratiques en la matière évoluent au gré de la rareté relative d’un des deux sexes…

CONCLUSION
Évidemment qu’il est déraisonnable de croire que l’économie peut tout expliquer de la religiosité, de la recherche de partenaires et des pratiques sexuelles… Il reste une grande part d’émotion et d’arbitraire dans ces comportements. Mais la science économique peut tout de même contribuer à identifier la part de rationalité qui les guide.

C’est le cas, dans le fond, parce que la rationalité économique est au cœur de chacun d’entre-nous et qu’elle est profondément ancrée dans l’être humain. Avec les exemples qu’on a eu ce matin, je dirais même qu’elle est présente en nous de la tête aux pieds… et même ailleurs!
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Here is the texte (in French) of a presentation I made at Ouvert le samedi, a radio program of the French national radio.

Wednesday, March 05, 2008

Le débat sur les péages s'empare des blogueurs | Debate on tolling is on among blogers

Voici quelques contributions intéressantes sur le débat lancé par l'IEDM sur les péages:

Mon ami (presque) d'enfance, Nicolas Paquin sur Itinéraire facultatif propose de charger les péages en fonction du poids du véhicule (mentionnons qu'effectivement, les poids lourds paieraient plus cher à la fois à cause d'un montant unitaire plus élevé mais également à cause de leur plus grand nombre d'essieu).

Éric Lefrançois sur MonVolant demande quel alternative est possible au péage

Vincent Geloso sur 100 % libéralisé présente deux positions alternatives: le péage (la proposition que j'ai publiée avec l'IEDM cette semaine) et la taxe sur l'essence (dont j'ai traité dans un billet aujourd'hui)

Bryan Breguet sur De gauche à droite et Jean-Sébastien Trudel sur La prochaine évolution industrielle proposent quant à eux d'augmenter la taxe sur l'essence (voir ma réponse sur cette proposition)

Alexis Saint-Gelais sur À mon humble avis fait état d'une proposition allant dans le sens des péages au Congrès des membres du PLQ de cette fin de semaine.

Richard Larose sur Larose en liberté s'oppose aux péages
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I am not aware of any blog debatting on tolling Quebec's road in English. If you know any bloger who wrote on the debate, please let me know and I'll be happy to add it's contribution on this blog.

Suite aux péages (2) | Follow-up on tolling (2)

Je vous invite à lire l'article d'Alain Dubuc dans La Presse de ce matin: "Péages: payer pour quoi?" Il soulève quelques points intéressants de discussion, même si je crois contrairement à lui que la Note économique publiée lundi est une bonne base de discussion.
J'aimerais également revenir sur certaines critiques concernant les positions que j'ai émises sur le retour des péages.
Une de celles-ci veut qu'il serait beaucoup plus efficace et moins difficile d'augmenter la taxe sur l'essence pour financer le réseau routier (Henri Aubin, The Gazette notamment). Cela ne tiens pas la route du point de vue politique. C'est d'abord ce qui a été fait dans les années 1980 avec le résultat qu'on connaît: l'argent a été détourné des routes et utilisé pour l'ensemble des autres missions de l'État.
Du point de vue économique non plus cette idée n'a pas de sens. La taxe sur l'essence est une taxe pigouvienne sur le carbone qui vise à réduire les émissions à effet de serre. Les revenus ainsi générés devraient être utilisés exclusivement à la dépollution causée par l'utilisation de l'essence. Les péages sont un tarif qui servent à financer un service que l'on reçoit. En outre, ils constituent un bon moyen de lutter contre la congestion routière, ce que ne fait pas la taxe sur l'essence. Bref, taxe sur l'essence et péages: deux moyens pour atteindre deux fins fort différentes. Ma conclusion, c'est qu'on doit diminuer la taxe sur l'essence pour qu'elle représente le coût de la dépollution causée par les automobiles (estimés à 350 millions $ comparativement à plus d'un milliard de revenus pour la taxe sur l'essence) et augmenter les péages.
Un autre argument est à l'effet que a) le retour des péages causerait un accroissement de la bureacratie et coûteraient cher à administrer et que b) ils seraient soumis aux mêmes arbitrages politiques que les autres taxes (Jean J. Samson, Le Journal de Québec notamment). Dans les deux cas, ceux qui ont bien lu l'étude publiée lundi ont compris que ces scénarios avaient été prévus. Les montants de revenus publiés ont été diminués de 15 % pour tenir en compte les coûts de perception et de 5 % pour tenir en compte les mauvaises créances. Les revenus de 1,6 milliards qui circulent sont donc des revenus nets et non bruts. Aussi, il est recommandé de procéder au retour des péages en PPP justement pour mettre à l'abri les revenus de la main tentaculaire du gouvernement.
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I would like to come back on a few comments made on the Economic Note I published on monday: "Bringing back tolls on Quebec highways".
On of them is that it would be more efficient and easy to increase the gaz tax to maintain the highway network (Henri Aubin, The Gazette among others). That proposition doesn't make sense politically. Increasing the gaz tax has been done in the 1980's with the desastrous results we now have: revenues has been used to finance all governmental missions, except maintaining roads it seems.
It does not make sens economically either. The gaz tax is a Pigou's tax on carbon: it is aimed to reduce greenhouse gazes. Its revenus should be used exclusively to compensate greenhouse gazes produced by cars. Tolls are a user fee charged to finance a service we receive. In addition, they are a good congestion relief charge and are often used to reduce traffic. Then gaz tax and tolls: two means to attain two very different goals. I reached the conclusion that we should reduce the gaz tax to make it equivalent to the value of compensating greenhouse gazes (about 350 million $ in comparison with revenus of more than 1 billion $) and increase tolls.
Another arugment was that tolls would a) increase bureaucracy and be costly and b) be diverted from road maintenance and used to finance any other governemental mission (Jean J. Samson, Le Journal de Québec among others). Those who read the study noticed that it took into account those two objections. First, the gross revenus from tolling has been reduced by 15 % to take into account perception costs and by another 5 % to take into account payment default. Then, the 1.6 billion revenu generated by tolls is a net revenu, not a gross revenus. Also, we proposed to bring back tolls in a PPP scheme to prevent the government from taking the new money and divert it from roads.

Tuesday, March 04, 2008

Suite au péage sur les routes | Follow-up on tolling Quebec's roads

La publication d'une Note économique sur le retour des péages au Québec a suscité beaucoup de réactions. Si la réaction est plutôt positive dans les médias francophones, elle l'est beaucoup moins dans les médias anglophones. Je passe donc les articles de nouvelles pour vous donner la référence de quelques éditoriaux disponibles en ligne pour vous permettre de participer à la réflexion:
Mario Roy dans La Presse: "Payer pour rouler"
"Ainsi, ce qu'il faut retenir au sujet de ce scénario en particulier, c'est qu'il doit être examiné sous l'angle de l'économie et des services.Le but n'est pas d'ouvrir un marché à l'entreprise privée. Le but n'est pas de financer les transports en commun - ce qui peut être fait par d'autres voies. Le but n'est pas de sauver la planète. Malgré cela, un système routier efficace à accès tarifé aurait certainement pour effet, à la fois, d'abaisser les émissions de carbone et de rendre plus attrayants les véhicules collectifs.En somme, ce ne serait pas de l'argent jeté par la fenêtre."
Jean-Marc Salvent dans Le Soleil: "Une voie à explorer"
Il ne suffit pas de dénoncer l’idée de l’IEDM pour croire que la lumière apparaîtra au bout du tunnel. Ceux qui s’y opposent devront nous dire comment payer l’entretien et la réfection de nos infrastructures routières sans alourdir sans cesse notre dette publique. Cette dette coûte cher.
Jean J. Samson dans le Journal de Québec: "La recette de la sauce"
La version en ligne n'était pas disponible au moment d'écrire ces lignes. L'éditorial est toutefois plutôt réfractère à l'idée d'un retour des péages. Je vous invite à le lire.
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The Economic Note published yesterday on the tolling plan for Quebec roads generated lots of reactions. I vonluntarily skip the news articles to refer you to some editorials published this morning. I must say that, while the reactions are generally positive in the French newspapers, they aren't in English newspapers.
An editorial from The Gazette: "Bridge tolls? Why not? Road tolls? No way!"
"Then there's the question of practicality. Tolling onto and off an island is fairly easy. Setting up and maintaining electronic-tolling hardware at every on- and off-ramp in the province would be much more costly. Nor do we trust that Quebec could start province-wide tolling but keep the exercise revenue-neutral. Quebecers are already taxed brutally; let's have no new province-wide taxes until the total tax burden starts coming down. We hope Quebec will authorize some form of bridge tolls for Montreal, which truly needs new revenue. But toll roads across the province are an idea whose time should simply never come."
Henry Aubin in The Gazette: "Tolls the wrong way to go"
"A better way than tolls exists - a higher gasoline tax. The province wouldn't have to hire a single extra person. It could just increase the existing tax enough to pay for public transit, as Tremblay wants, or for road work, as the MEI desires, or for both. The big complaint against such an idea is that Quebecers already pay enough taxes. Yet gas prices here are half of what they are in Europe. Bottled water is, as is often said, cheaper than gas."

Monday, March 03, 2008

Le retour des péages sur les autoroutes québécoises

( L'étude complète peut être consultée au www.iedm.org)
L’ampleur des travaux annoncés en février par le ministère des Transports (12 milliards $ de 2008 à 2012) suggère l’importance du manque d’entretien des infrastructures routières au cours des dernières années. En octobre dernier, l’IEDM publiait une Note économique afin d’expliquer l’efficacité des péages en ce qui a trait au financement du réseau routier[1]. En effet, on y démontrait qu’il s’agit du mode de perception qui respecte le mieux le principe de l’utilisateur-payeur.

Aucune route ni aucun pont ne font actuellement l’objet d’un péage au Québec, contrairement à la situation qui prévalait jusque dans les années 1980
[2]. Cela changera toutefois sous peu, avec le nouveau pont de l’autoroute 25 et le prolongement de l’autoroute 30. Le gouvernement a aussi laissé entendre que les péages prendraient une plus grande place dans un avenir proche[3].

Cette Note économique présente plus en détail quatre scénarios afin d’illustrer qu’un retour aux péages est réaliste soit a) sur les ponts de l’île de Montréal, b) dans la région métropolitaine de Montréal, c) dans un ensemble de régions urbaines ou d) sur la totalité des autoroutes principales du Québec. Dans tous les scénarios, on présume que le péage électronique sera employé puisqu’il s’avère peu coûteux et permet de minimiser les conséquences sur la fluidité de la circulation. La question de l’utilisation des fonds ainsi recueillis sera ensuite abordée.
[...]
Une approche « réseau » envers les péages

La conception d’un plan de péage est complexe et requiert une analyse approfondie. Les montants présentés dans ce document, bien que réalistes, ne devraient constituer qu’une approximation des revenus réels générés par le retour des péages sur le réseau autoroutier québécois. Une modélisation plus approfondie sera nécessaire pour en arriver à une décision éclairée.

Il convient d’insister sur le fait qu’une approche « réseau » est la plus équitable et la plus efficace sur le plan économique, car elle évite deux types d’interfinancement. Le premier est de nature géographique, c’est-à-dire lorsque les automobilistes d’une région paient pour un service reçu par les automobilistes d’une autre région. Par exemple, ne tarifer que les routes de la région métropolitaine ou des régions urbaines consisterait en un interfinancement des automobilistes du reste de la province ou des régions rurales si les sommes servaient à financer l’entretien de l’ensemble du réseau. Le deuxième est de nature sectorielle, lorsque les sommes recueillies par le péage servent à des fins autres que l’entretien et la réfection des routes. Par exemple, le versement des revenus des péages au transport en commun ou carrément au fonds consolidé équivaudrait à subventionner l’ensemble des contribuables avec des sommes soutirées aux automobilistes.

Il est souhaitable de concevoir le retour des péages dans une approche « réseau » et non seulement dans le cadre de la réalisation de projets particuliers. Ainsi, il serait logique d’étendre graduellement les péages sur toutes les autoroutes ayant un volume de circulation suffisant, comme cela se fait dans plusieurs pays
[1]. Afin de réduire le risque, de favoriser l’innovation et surtout pour éviter que l’État soit tenté de piger dans les recettes des péages à d’autres fins que l’entretien et la réfection des infrastructures, il serait souhaitable que les nouveaux péages soient mis en place sous forme de partenariats public-privé[2].
Le retour des péages se présenterait ainsi comme une solution au financement de l’entretien et de la réfection du réseau routier, ainsi qu’à la résorption du déficit d’entretien accumulé au cours des années.

[1] Pour une recension de différents modes et systèmes de péage en Europe, consulter : ASECAP, Les infrastructures à péage au sein de l’ASECAP, 2007 et Siemens Electronic Tolling, Road User Charging Schemes in Europe: Current Experiences and Future Trends, 2007. Pour l’expérience de l’État de Washington, consulter : Washington State Department of Transportation, Comparative Analysis of Toll Facility Operational Costs, 2007.
[2] Voir : Mathieu Laberge, Les réfections routières et les partenariats public-privé, IEDM, octobre 2007.
[1] Voir : Mathieu Laberge, Le péage comme solution au financement du réseau routier, IEDM, octobre 2007.
[2] Fred Nix, Alternative Road Financing Arrangements, 2001, p. 8.
[3] Denis Lessard, « Les péages vont se multiplier », La Presse, 19 octobre 2007, p. A-2.

Bringing back tolls on Quebec highways

(The complete study can be viewed at www.iedm.org)
The scope of roadwork announced in February by the Quebec Department of Transport ($12 billion from 2008 to 2012) suggests the extent to which the maintenance of highway infrastructure has been neglected in recent years. Last October, the Montreal Economic Institute published an Economic Note outlining tolls’ efficiency in financing the highway network.[1] The Note showed that this type of revenue collection best respects the user-pay principle.

No highway or bridge in Quebec is currently covered by tolls, unlike the situation that prevailed until the 1980s.
[2] This will soon change, however, with the new Highway 25 bridge and the extension of Highway 30. The government has also made it known that tolls would play a bigger role in the near future.[3]

This Economic Note presents four scenarios in greater detail to show that a return to tolls is realistic: a) on Montreal Island bridges; b) in the Montreal metropolitan area; c) in a group of urban areas; or d) on all of Quebec’s main highways. In each scenario, it is assumed that electronic tolls will be used since this costs less and minimizes disruption to traffic flow. We will then raise the issue of how the funds collected should be used.
[...]
A “network” approach to tolls

Designing a toll plan is complex and requires detailed analysis. The figures presented in this document, while realistic, should be seen only as an approximation of the real income generated by the return of tolls to the Quebec highway network. More detailed modelling will be needed to reach an enlightened decision.

It should be emphasized that a “network” approach is fairer and economically more efficient since it avoids two types of cross-subsidization. The first type is geographic, with motorists from one area paying for a service received by motorists from another area. For example, putting tolls only on roads in the Montreal area or in urban areas generally would amount to cross-subsidizing motorists in the rest of the province or in rural areas if the amounts collected were used to finance maintenance of the entire network. The second is sectorial in nature, with the amounts collected in tolls being used for purposes other than the maintenance and rebuilding of roads. For example, paying toll income to public transit or straight into the consolidated fund would be equivalent to subsidizing all taxpayers with money taken from motorists.

It is better to take a “network” approach to the return of tolls rather than linking it to the completion of particular projects. It would thus be logical to extend tolls gradually to all highways with sufficient traffic volume, as is done in a number of countries.
[1] To lower risk, to promote innovation and, above all, to avoid the government being tempted to reach into toll revenues for purposes other than maintaining and rebuilding infrastructure, it would be desirable for new tolls to be set up in the form of public-private partnerships.[2]
[1] To look into the various forms and systems of tolls in Europe, consult ASECAP, Tolled infrastructures within ASECAP, 2007, and Siemens Electronic Tolling, Road User Charging Schemes in Europe: Current Experiences and Future Trends, 2007. For Washington State’s experience, consult Washington State Department of Transportation, Comparative Analysis of Toll Facility Operational Costs, 2007.
[2] See Mathieu Laberge, Road repairs and public-private partnerships, Montreal Economic Institute, October 2007.
[1] See Mathieu Laberge, Tolls as a solution for financing the road network, Montreal Economic Institute, October 2007.
[2] Fred Nix, Alternative Road Financing Arrangements, 2001, p. 8.
[3] Denis Lessard, “Les péages vont se multiplier”, La Presse, October 19, 2007, p. A-2.

Saturday, March 01, 2008

Entendu au budget | Heard at the budget

La semaine dernière, j'ai participé au huis clos du budget fédéral à Ottawa. C'est un passage obligé de chaque budget, tant fédéral que provincial: on embarre les experts en politiques publiques de tous le pays pour pouvoir leur remettre d'avance les documents du budget sans que ceux-ci ne se retrouvent dans les médias avant le dépôt devant les députés. Or, dans ces huis clos, on mêle tant les spécialistes des associations professionnelles (lire des lobbies) que les experts et chercheurs de centres indépendants.
Comme l'attente de la levée de l'embargo fini toujours par être un peu longue et franchement endormante, on se prend rapidement à entendre les discussions environnantes. Voici quelques bribes anonymes entendues lors du huis clos:
Deux "experts" discutent à l'entrée du huis clos:
- Alors, quelles sont vos attentes cette année?
- On espère que le fonds de la taxe sur l'essence va être assuré de façon permanente... et vous??
- Oh! Comme à chaque année: on veut plus d'effectifs et des ressources pour le recrutement.
À la sortie de la salle, les deux mêmes quidams:
- Et puis? Content? Vous avez eu le fameux fonds!
- Ouais, mais on aurait préféré des investissements directs dans le fond... et de votre côté?
- Satisfaisant... encore une bonne année!
Cette discussion, et bien d'autres, m'ont étonnament rappelé le discours tenus par des enfants la veille et le lendemain de Noël... À chacun sa liste!
Tout cela pour dire que ce budget a été habile, néanmoins. Il a permis de ne pas insatisfaire grand monde tout en gardant un contrôle très serré des dépenses et en évitant le saupoudrage auquel Paul Martin avait habitué les canadiens. C'est prudent... plus en tout cas que tout ceux qui réclament une intervention musclée du gouvernement.
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Last week, I went to Ottawa to comment the federal budget 2008. It's now a tradition for every budget, federal as provincial: we get locked up with most public policy's specialists and read in advance the budget's documents. All "specialists" are locked up together, from the professionnal association (here, read lobbies) and from independent research centers and institutions.
As the waiting time for the lock-up to end gets longer, we get more and more tired and bored. So, it is very tempting to hear to other conversations being held around. Here are a few parts of a discussion heard in Ottawa:
Two specialists before entering the lock-up:
- So... what are you waiting for this year?
- We hope the gaz tax fund to be made permanent... and you?
- Oh! Business as usual: we hope for new people and new resources for recruiting!
Getting out of the lock-up, the two same people:
- And... you must be satisfiedL you had the fund?
- Yes... but we'd have prefered direct investments for this year... What about you?
- Statisfied... a good year once again!
This reminded me children on Christmas' eve and on december 26th!
Anyway, all that to say it is a fairly good budget whatever everybody say. It made only a few people unsatisfied while controlling efficiently public expenses and avoiding giving a few million dollars to every possible program as Paul Martin did in the past. It is a quite safe startegy... more than people asking for strong governmental intervention at least!

Thursday, February 14, 2008

Le marché des relations amoureuses... la suite | The market for romantic relationships... part 2

Pour ceux qui ne voudraient pas se tapper les 4 pages de l'étude sur le marche des relations amoureuses (disponible en format pdf à http://www.iedm.org/), je vous conseille les articles suivants:
Un excellent résumé de Hélène Baril dans La Presse affaire d'hier:
Un autre bon texte de Anne Drolet dans Le Soleil d'aujourd'hui:
Finalement, l'éditorial de Nathalie Collard dans La Presse de ce matin, qui aborde une autre dimension du marché:
Je vous invite également à visiter le carnet techno de Bruno Guglielminetti, en date du 12 février
Plusieurs autres entrevues sont disponibles, notamment sur les sites des radios.
Pour écouter l'entrevue à l'émission de Christiane Charette
Vous pouvez également visiter les entrevues de Paul Houde et de Gilles Proulx sur le site de CKOO 98,5 FM
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Here is a follow up the media coverage of my stydu about the market for romantic relationships. I know there was a paper in the National Post on February 13th. If you find any link to an English media about my research, please do let me know!

Wednesday, February 13, 2008

Existe-t-il un marché des relations amoureuses?

Voici un extrait de la Note économique que j'ai publié hier (désolé pour le délais, des difficultés techniques m'empêchaient de la publier avant). Vous pouvez consulter l'originale sur: http://www.iedm.org
La tradition de célébrer la Saint-Valentin en échangeant bons vœux et attentions particulières pour l’être cher remonte aussi loin qu’au Moyen Âge, le premier écrit de la sorte encore entier étant daté de 1415. Si la conception noble et idéalisée de la formation des couples subsiste encore aujourd’hui, peut-on pour autant écarter toute rationalité dans les comportements amoureux? Le comportement des hommes et des femmes à la recherche d’un partenaire ne répond-il pas à des principes qui dépassent la passion et qui comprennent une certaine forme de raison?

À cet effet, une quantité grandissante d’études abordent le phénomène de la popularité des sites de rencontre en ligne sous l’angle des mécanismes de marché. Par exemple, certains auteurs considèrent qu’ils constituent des « marchés de l’attention », puisque « les utilisateurs se concurrencent pour le temps et l’effort des autres usagers »
[1].

Les sites de rencontre peuvent également constituer des « marchés des relations amoureuses » puisqu’ils facilitent la rencontre d’offreurs et de demandeurs pour des partenaires. Dans ce contexte, toute personne qui évolue sur le marché fait partie à la fois du côté offre et du côté demande du marché. Généralement, les hommes s’offrent à titre de conjoint et demandent des conjointes et vice versa pour les femmes
[2].

Si les sites de rencontre sont effectivement des marchés, le comportement de leurs usagers devrait être influencé par les déterminants économiques habituels : prix, quantité, coût de renonciation, etc. Cette Note économique a pour objectif d’illustrer, notamment à l’aide de données originales du site RéseauContact
[3], les comportements rationnels qui guident en partie la recherche d’un partenaire[4].
(...)
La rationalité économique au cœur de l’humain

L’objectif de cette Note économique est d’illustrer comment la science économique peut apporter des explications à des comportements quotidiens qui semblent à première vue lui échapper. Bien entendu, la science économique ne peut tout expliquer des comportements sociaux des êtres humains. Elle permet néanmoins d’expliquer une partie de ces phénomènes, dont les sites de rencontre ne sont qu’un exemple. Bref, tout comme on ne peut réduire l’humain à un modèle économique, on ne peut restreindre la science économique aux chiffres et aux opérations mathématiques. La rationalité économique est fondamentalement humaine. Elle ne peut être dissociée de l’être humain parce qu’elle est au cœur de celui-ci.
[1] Andrew Rocco Tresolini Fiore, Romantic Regressions. An Analysis of Behaviour in Online Dating Systems, Massachusetts Institute of Technology et Cornell University, septembre 2004, p. 18.
[2] Comme cette Note économique vise à illustrer de façon générale les mécanismes de marché sur les sites de rencontre, elle se concentre sur les relations hétérosexuelles qui constituent la majorité des échanges sur le site de référence. Cela n’exclut pas que d’autres types de relations puissent avoir cours sur les sites de rencontre, notamment la recherche de partenaires de même sexe ou les échanges de couples.
[3] L’auteur souhaite remercier Martin Aubut, Mathieu Nezan et Janique Boily de RéseauContact pour leur collaboration à ce projet.
[4] On fait ici référence à la rationalité économique néoclassique qui « correspond au comportement maximisateur d’un agent économique, découlant de la théorie de l’utilité espérée ». Voir : Gilles Rotillon, « Rationalité néoclassique », dans Claude Jessua et al. (dir.), Dictionnaire des sciences économiques, 2001, p. 780. Elle implique qu’un agent économique tentera de maximiser son niveau de satisfaction tout en minimisant les ressources consacrées pour l’atteindre.

Tuesday, February 12, 2008

Is There a Market in Romantic Relationships?

Here is a part of the English version of an Economic Note I published this morning, the original can be viewed in pdf format at: http://www.iedm.org/ :

The tradition of celebrating Valentine’s Day by exchanging greetings and special gestures with loved ones goes back to the Middle Ages. The earliest known piece of writing in this respect is dated 1415. With the noble and idealistic concept of forming couples still in existence today, can we rule out all rationality in amorous deeds? Does the behaviour of men and women who are seeking partners not obey principles that go beyond passion to encompass an element of reason?

Fittingly, a growing number of studies look into the popularity of online dating sites from the angle of market mechanisms. For example, some authors feel they form “economies of attention” since “users compete for the time and effort of others.”
[1]

Dating sites may also form “markets in romantic relationships” since they facilitate meetings among people engaging in supply and demand with respect to partners. In this context, anyone who participates in this market is part of both its supply side and its demand side. Men generally offer themselves as male partners that seek female partners, and vice versa for women.
[2]

If dating sites truly are markets, their users’ behaviour ought to be influenced by the usual economic determinants: price, quantity, opportunity cost, etc. Through the use of original data from Quebec’s popular RéseauContact site,
[3] this Economic Note aims to depict the rational behaviour that partly guides the search for a partner.[4]

(...)

Economic rationality at the heart of the human mind

The aim of this Economic Note is to show how economics can provide explanations for day-to-day behaviour that may seem at first glance to lie outside the field. Economics, of course, cannot explain everything about the social behaviour of human beings. It nonetheless provides partial explanations of these phenomena, with online dating being just one example. Just as humans cannot be reduced to economic models, the field of economics cannot be limited to numbers and mathematical operations. Economic rationality is fundamentally human. It cannot be detached from the human mind because it lies at its very heart.
[1] Andrew Rocco Tresolini Fiore, Romantic Regressions. An Analysis of Behavior in Online Dating Systems, Massachusetts Institute of Technology and Cornell University, September 2004, p. 18.
[2] Since this Economic Note seeks to illustrate market mechanisms on dating sites in a general way, it focuses on heterosexual relationships, which account for the majority of participants on the reference site. This does not exclude other types of relationship in which dating sites may be involved, in particular searches for same-sex partners or exchanges between couples.
[3] The author wishes to thank Martin Aubut, Mathieu Nezan and Janique Boily of RéseauContact for their collaboration on this project.
[4] The reference here is to neoclassical economic rationality “corresponding to the maximizing behaviour of an economic agent, stemming from the theory of expected utility.” See Gilles Rotillon, “Rationalité néoclassique,” in Claude Jessua et al. (ed.), Dictionnaire des sciences économiques, 2001, p. 780. This theory suggests that economic agents will attempt to maximize their level of satisfaction while minimizing the resources devoting to achieving it.

Thursday, February 07, 2008

Reconquérir le Canada

Voici le texte d'une conférence que j'ai prononcé la semaine dernière au Collège Jean-de-Brébeuf et à l'Association générale des étudiants en droit de l'Université de Sherbrooke. (Le texte prononcé a préséance)
Je voudrais d’abord vous remercier de me laisser prendre la parole devant vous aujourd’hui.

C’est évidemment toujours un plaisir de venir devant un auditoire de gens du même âge que moi, ou en tout cas de la même génération, pour discuter d’idées. Des gens avec qui je partage un ensemble de choses qui dépassent largement l’âge : nous partageons un vécu, des expériences politiques, des convictions… C’est ce qui fait de nous la génération des « enfants de la loi 101 ».

C’est évidemment un défi également, puisque c’est l’occasion de mettre à l’épreuve des idées que j’ai écrites et qui touchent l’ensemble de notre génération. Parce que je crois que nous partageons également une vision du Québec et du Canada qui est propre à notre génération.

Laissez-moi commencer en vous racontant une anecdote qui m’a beaucoup fait réfléchir depuis un mois…

Tout a commencé le 14 janvier, au retour des vacances du temps des fêtes. La première chose que je fais en me levant le matin, c’est de consulter la section éditoriale de La Presse – je ne la lis pas, pas assez réveillé pour ça!, mais je la consulte.

Ce matin là, La Presse publiait un article titré « Enfin de l’oxygène » sous la plume de Christian Dufour. Rapidement, j’ai compris que Christian Dufour, un professeur de l’École nationale d’administration publique, réservait un accueil très positif au livre « Reconquérir le Canada : un nouveau projet pour la nation québécoise » qui avait été publié quelques semaines plus tôt.

En le lisant plus tard, j’ai perdu un peu de mon enthousiasme. Christian Dufour, un professeur que j’admire et respecte beaucoup par ailleurs, réservait effectivement un accueil dityrambique au livre… sauf aux chapitres qui me paraissaient les plus innovateurs : ceux des jeunes.

Au sujet des « jeunes » du livre, il écrivait : « Si l’on peut comprendre une certaine exaspération face au manque d’attachement des Québécois à l’égard d’un Canada dont ils font partie, l’amour ne se commande pas et la politique ne saurait se confondre avec la morale ou les bons sentiments. Partout et depuis toujours, elle repose sur la reconnaissance des intérêts objectifs des individus et des groupes, en relation avec ceux des autres. La force du livre apparaît davantage résider dans un rappel bien senti aux Québécois de ce qui est dans leur intérêt, en particulier les avantages du fédéralisme, que l’oubli de ces intérêts dans un factice amour du Canada. »

Je vous passe tous les commentaires qui me sont passés par la tête ce jour-là… et qui y sont d’ailleurs restés pour la plupart. Mais je peux vous confirmer que plusieurs faisaient référence à une pub de Volkswagen du genre : « Tasse-toi… » je vous laisse compléter.

En relisant le texte pour préparer cette conférence, je me suis rendu compte que j’avais eu tort… de m’emporter de la sorte !

Parce que le texte de Christian Dufour est la meilleure illustration des différences entre les deux générations qui se regardent en chiens de Fayence, mais qui ne comprennent pas leurs perceptions divergentes de la politique canadienne…

De mon point de vue, ce que prétend Christian Dufour dans son texte est :

1- Il faut continuer de vendre le Canada aux Québécois : ils finiront bien par comprendre que c’est dans leur intérêt ;
2- Le fédéralisme canadien n’est pas affaire de participation et , mais bien de rapport de force ;
3- À ce chapitre, le Québec détient un avantage certains, puisqu’il est un des deux peuples fondateurs.

Or, si les gens de notre génération peuvent comprendre ces arguments, j’ai l’intime conviction qu’ils ne peuvent y adhérer… parce que cela correspondrait à nous demander de lire l’actualité politique actuelle avec les lunettes de nos parents et de nos grands-parents.

Or, notre vécu comme génération politique diffère fondamentalement du leur, et cela teinte notre compréhension de la politique canadienne. Ce que je crois, c’est qu’il y a trois événements fondateurs qui ont marqué notre génération :

1- L’adoption de la loi 101


Comme enfants de la loi 101, nous avons vécu dans un Québec ou le français comme langue d’expression publique et commune était protégé. Nous n’avons pas connu l’époque de McGill français ou l’affront de se faire servir uniquement en anglais chez Eaton’s.

C’est une différence fondamentale, parce que ça fait de nous une génération qui ne voit plus l’anglais comme un outil d’oppression, mais plutôt comme un outil de travail et de communication.

Bien entendu, il faut continuer de protéger le fait français en Amérique, mais contrairement aux générations précédentes, nous pouvons désormais penser au développement de notre nation au sein du Canada, plutôt que se concentrer uniquement sur la préservation des acquis…

C’est un anachronisme de parler de préservation des acquis quand le Cirque du Soleil est dans le petit Larousse, quand SNC-Lavallin est devenu une des premières firmes d’ingénierie au monde, quand les avions et les trains de Bombardier transportent des centaines de milliers de personnes, quand des millions de lecteurs lisent leur journal sur de l’encre et du papier de Québécor, quand Denys Arcand est acclamé aux Oscars… quand Arcade Fire s’est fondée à Montréal !

Bref, selon moi, notre génération comprends que le français fait de nous une nation différente, sans pour autant qu’on ait à ne se préoccuper que de cette différence.

2- Le déplacement des lieux d’influence

Autre différence fondamentale à mon avis : la perte de vitesse de Montréal comme lieu d’influence canadien. Les générations précédentes ont connues de façon bien concrète l’opposition des deux solitudes dans la guerre à finir entre Montréal et Toronto. Or cette guerre est bel et bien terminée et un nouveau front s’ouvre entre Toronto et Calgary !

On est bien loin de l’époque ou on se demandait si le Parlement du Canada devait être situé à Montréal !

Or, il n’y a rien de catastrophique là-dedans… Il faut se rappeler qu’à l’époque des navires de bois, le centre industriel du Canada était sur la côte Est…

Mais il faut être réaliste… Aujourd’hui on voit la Bourse de Montréal réduite à peau de chagrin, le centre financier et les sièges sociaux s’établir à Toronto et à Calgary avec les investissements qui les suivent… Allô le rapport de force !

Ajoutez à cela qu’en 1996, quand nous fêtions nos 18 ans !, 46,5 % des Canadiens étaient d’origine autre que Français ou Britannique… Une proportion qui n’a pu que progresser depuis…

Comment pouvons-nous adhérer à la théorie des deux peuples fondateurs quand nos amis les plus proches mangent du couscous berbère, boivent de l’ouzo et parlent mandarin ? Comment y adhérer dans un Canada ou Terre-Neuve revendique, avec raison selon plusieurs, le statut de Nation et ou les Acadiens ont une fête Nationale ? Deux peuples fondateurs… n’est-ce pas un peu réducteur ?

Selon moi, notre vécu fait en sorte que nous sommes plus réalistes sur l’apport du Québec au sein du Canada. Que nous sommes plus ouverts à considérer le Canada comme un ensemble de groupes distincts, voire nationaux, qui évoluent ensemble au sein du même pays. Pouvons-nous encore revendiquer une part disproportionnée dans les décisions politiques du pays… Si la réponse est oui, ce dont je doute fort, alors pendant combien de temps pourrons-nous ?

3- L’arrivée du fédéralisme d’ouverture/asymétrique

Conséquemment, les institutions politiques canadiennes évoluent beaucoup plus rapidement que la conception québécoise de la politique canadienne. Le fédéralisme d’ouverture ou asymétrique, deux variantes du même concept, est en fait une réponse à la nouvelle réalité canadienne. Pour les gens de notre génération, les premiers à ne pas avoir vécu concrètement les confrontations les plus acerbes entre le Québec et les autres provinces canadiennes, cette évolution des institutions rend le « beau risque » beaucoup plus beau et pas mal moins risqué…

Pour avoir expliqué ces trois événements fondateurs et en avoir conclus qu’il fallait que notre génération serait celle qui pourrait le mieux prendre part à la définition d’un nouveau projet canadien, on a qualifié ma participation au livre d’idéaliste et d’utopiste.

Je suis généralement réfractaire à toute étiquette… Mais si idéaliste signifie « être prêt à sortir des sentiers battus pour redéfinir le projet canadien », alors j’accepte volontiers cette étiquette !

Et je crois que je ne suis pas le seul à l’embrasser… Je crois que nous sommes toute une génération de jeunes qui se préparent à imprégner le Canada d’une nouvelle vision des relations fédéral-provincial. Une génération de jeunes nationalistes québécois et patriotes canadiens… Parce que c’est de ça dont il s’agit : notre Nation est le Québec, mais notre Patrie est le Canada !

Tuesday, September 11, 2007

Les députés sont frustrés... | Frustrated MPs...

La saga continue... Dans cet article publié sur cyberpresse, des députés s'insurgent contre la décision du DGE, Marc Mayrand, de laisser les femmes qui portent le niqab voter voilées. Ils le prennent très personnel, en faisant une question de respect... Ils vont même jusqu'à envisager de le convoquer devant un comité parlementaire!
Intéressant de voir comment leur mémoire est sélective... Rappelons que si les députés avaient fait leur job lors de l'adoption du projet de loi, le 16 mai dernier, le DGE n'aurait pas eu à interpréter la loi électorale! Les députés qui s'insurgent maintenant ne peuvent même pas lancer la faute à leur prédécesseur: ce sont EUX qui ont voté cette loi!
Ça sent l'élection fédérale... On gage que le vote de confiance sur le discours du trône ne passera pas?? Opportunisme, quand tu nous tiens...
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In a paper published on La Presse's website this afternoon, some MPs denounce the Chief electoral officer's decision to allow muslim to vote with their niqab. According to those MPs, Marc Mayrand to not respect their will by standing on his position. They think to call him to meet a parliamentary committee!
It is interesting to see how selective can be the MP's memory... If the MPs did their job correctly, on may 16th, the Chief electoral officer would not have had to interpret the law! The MPs cannot now leave the responsibility for that error to their predecessor: they, THEMSELVES, voted the law!
It smells federal general elections. Shall we bet the confidence vote on the Speech from the Throne won't pass? Opportunism, when you hold us....

J'ai honte | I'm ashamed

Lors de mon dernier débat à l'émission de Dominique Poirier en direct, j'ai défendu le droit des femmes musulmanes à voter sans retirer leur niqab. Effectivement, je crois intimement que le but de la Loi Électorale n'est pas de régir les modes de vie, mais plutôt d'éviter la fraude électorale. Et si les spécialistes de la législation électorale considèrent que les dispositions de la loi atteignent ce but, qui sommes-nous pour prétendre le contraire? Par ailleurs, tant par leur nombre limité, que par la manifestation de leur bonne volonté (les femmes qui portent le niqab n'ont rien demandé et la plupart retirent même leur voile pour voter), la communauté musulmane ne représente pas une menace imminente pour les institutions démocratiques canadiennes.
Le DGE a donné raison à cette argumentation hier en maintenant sont point. Ainsi, il a lancé le bon message aux élus: il s'agit d'un problème politique, réglez-le à la Chambre des Communes. Il a d'ailleurs mentionné avoir clairement abordé ce sujet devant un comité sénatorial au cours des derniers mois. Bref, voilà les politiciens pris en flagrant délit de délire opportuniste. Il est vrai qu'un élu puisse changer d'idée devant le poids de certains arguments. Or, dans le cas qui nous intéresse, tant à Québec qu'à Ottawa, ces arguments prennent la forme de votes à brève échéance. Pour la stature d'Homme d'État et la défense des intérêts supérieurs du Canada, on repassera!
Voilà maintenant qu'on apprend que des femmes se sont présentées voilées au vote par anticipation dans la circonscription d'Outremont pour protester contre la décision du DGE. Ceci est de la pure provocation! On ne saurait trop dénoncer ces gestes qui tournent au ridicule les convictions de certains de nos concitoyens.
Ceci étant dit, je suis en parfait désaccord avec la conclusion de l'éditorial de Nathalie Collard dans La Presse de ce matin. Oui, que des femmes aillent voter voilées pour protester est de la provocation. Non, ce n'est pas au DGE de porter le blâme!
Ces femmes n'ont qu'à porter elles-même l'odieux de l'ombrage qu'elles font subir aux institutions démocratiques. Ce n'est pas au DGE de recevoir le blâme pour les agissements de quelques militants qui ne voient pas l'ampleur du discrédit qu'ils infligent à nos institutions.
Bref, sous le couvert de leur protection, ces gens affaiblissent les institutions démocratiques canadiennes. En plus, ils minent le climat de bonne entente tout relatif qui prévaut dans nos collectivités en ridiculisant des convictions personnelles de leurs concitoyens. Tout cela sent les mauvais relents d'intolérance et la volonté d'uniformiser les modes de vie... Il y a des jours comme ça où j'ai un peu honte d'être québécois...
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In my last debate at Dominique Poirier's program, I argued that we should let muslim women vote with their face covered. I said that because I consider there is no room for electoral fraud in those dispositions of the electoral law: there is too few women wearing the niqab, none of them asked a special treatment and most of them accept to vote without their scarf. In addition, if the electoral law's specialists consider there is sufficient control to avoid electoral fraud, who are we to question their judgement?
The Chief electoral officer confirmed my opinion yesterday when he announced he would not step back on its earlier decision. That's a good message sent to the MPs: this is a political problem, solve it at the House of Commons. He also recalled he told a senatorial committee that the actual law would mean that muslim women coul vote wearing their niqab. Here are our politicians caught in a clear attempt to gain political support on their own decision!
We now learn that women in Outremont went to vote with a niqab to protest earlier this week. This is pure provocation. By doing so, they minimize the importance of the individual convictions of their own neighbours! That is unacceptable.
These people, and only them, are harming greatly the Canadian democratic institutions. Under the cover of noble principles, they harm the tolerance climate in our collectivities. This smells bad intolerance and the attempt to uniformize the ways of life... These are days where I am a bit ashamed to be a Quebecois...

Friday, August 31, 2007

Débats à RDI | Debatter at RDI

À partir d'aujourd'hui, je participerai sur une base hebdomadaire à des débats sur les ondes du Réseau de l'information (RDI) de la SRC, dans le cadre de l'émission Dominique Poirier en direct.

Depuis le début de la nouvelle saison télévisuelle, l'émission de Dominique Poirier consacre effectivement sa dernière demi-heure à une discussion-débat entre deux collaborateurs. Les sujets changent à chaque jour. Dans le cadre de ma participation, j'aurai la chance de débattre avec Réjean Thomas.

Donc, à ne pas manquer tous les vendredis de 19h30 à 20h, sur les ondes de RDI!

Vous pourrez également revoir les débats sur internet, à l'adresse suivante.

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From today and for the next months, I will take part in debates on a weekly basis. The discussions will be broadcast on RDI, the live news network of the French part of the CBC.

That initiative started with the new TV season at Dominique Poirier's program. Every day, her last half hour is a debate between two collaborators, with varying topics. I'll have the chance to discuss with Réjean Thomas.

Don't miss it: every Friday from 7.30pm to 8pm on RDI (in French)