Tuesday, February 20, 2007

Une décision courageuse

Dans le dossier des droits de scolarité, Jean Charest se tient debout et visiblement… il ne renoncera pas!

Mathieu LABERGE
Professeur au Collège Gérald-Godin et détenteur d’une maîtrise en économie internationale de l’Université de Nottingham, en Angleterre.


Résolument en mode électoral, Jean Charest a fait le pari de l’honnêteté et a clairement annoncé son intention de dégeler les droits de scolarité. Calcul méticuleux ou suicide électoral? Si on en croit le résultat d’une stratégie semblable adoptée par Tony Blair il y a quelques années, le courage du premier ministre pourrait bien s’avérer fructueux. Les étudiants, quant à eux, se cantonnent dans leur position traditionnelle comptant sur la sympathie naturelle des électeurs pour leur cause. Une stratégie risquée dont ils pourraient pâtir à terme. Chronique d’un duel de titans qui dure depuis plus d’une décennie…


Pour le meilleur…
En présentant un plan d’augmentation des droits de scolarité clair et raisonnable – environ 50$ par session, assorti d’un réinvestissement gouvernemental – le Parti Libéral adopte l’attitude la plus propice à bien expliquer la nécessité de procéder à un tel virage. La proposition de dégel a même le mérite de se baser sur un principe logique, difficilement contestable : il faut maintenir la part du financement des universités qui provient des étudiants.

Cette approche pragmatique et balisée n’est pas sans rappeler la stratégie qui a permis à Tony Blair de remporter ses deux dernières élections générales ainsi que… d’augmenter les droits de scolarité britanniques! En énonçant ouvertement ses priorités électorales et en les quantifiant, le premier ministre britannique a réussi à passer son message et a fourni aux électeurs les moyens nécessaires à évaluer le succès du gouvernement. Dans le cas particulier des droits de scolarité, Tony Blair a eu recours à la même stratégie, qui a eu pour effet de rassurer la population sur une éventuelle flambée du coût des études universitaires.


… et pour le pire!
Confronté à la volonté du gouvernement anglais de hausser les droits de scolarité, la National Union of Students (NUS) britannique a bien évidemment dénoncé l’augmentation du fardeau financier des étudiants. Elle a toutefois fait le choix de ne pas rompre complètement les canaux de communication avec le gouvernement et est demeurée à la table de négociation, question d’amoindrir l’impact de la nouvelle politique gouvernementale sur ses membres. Le résultat a été probant : les universités ont vu leurs ressources accrues à la faveur d’une hausse certes critiquée, mais tout de même tolérée par les étudiants. En bout de ligne, la NUS présentait même comme un gain majeur son succès à limiter l’ampleur de la hausse des droits de scolarité.

C’est précisément le contraire de ce que semblent vouloir faire les fédérations étudiantes québécoises. En déclarant la guerre tous azimuts au Parti Libéral, les fédérations étudiantes s’enferment dans une logique « jusqu’au-boutiste » qui risque fort de desservir leurs membres au terme des élections. Quel ministre de l’éducation voudrait traiter avec des syndicats étudiants qui l’ont talonné pendant toute la campagne, pancarte à la main et brandissant le porte-voix ? Advenant un dégel contrôlé, les fédérations étudiantes pourraient même avoir à défendre becs et ongles ce qui est en fait un gain, comme ce fut le cas pour l’issue de la grève des 103 millions $ en aide financière.

Ce que l’expérience britannique nous apprend, c’est que l’électorat récompense généralement la franchise et l’audace de ses politiciens. Sans compter que les étudiants prennent le risque de passer pour des enfants gâtés auprès des électeurs. Bref, on peut croire que le dégel sera bien accueilli par la population qui comprend l’impossibilité de maintenir une politique qui prive les universités de ressources indispensables à l’accomplissement de leur mission. En somme, voici une confrontation pour laquelle le gouvernement part avec une longueur d’avance. On en dira ce qu’on voudra, mais cette fois Jean Charest se tient debout et, visiblement… il est prêt à faire face à la musique!
Des commentaires? Écrivez-nous:
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In this paper, published today in La Presse, I argue that Quebec Prime Minister Jean Charest has made a clear proof of political courage by announcing he wanted to unfreeze the tuition fees if reelected. His strategy is clear and logical with announced aims and limits. By doing so, the Liberal Party leader is following the path of Tony Blair who won his last two general election with such a strategy. Blair also unfreezed the British tuition fees by stating clearly to what extent he wanted to raise them.
If the NUS reacted with sense to the British Prime Minister announce of raising the tuition fees, we cannot say the same thin of Quebec's student federations. By adopting a do or die strategy of confrontation with the government, the two Quebec's national student unions are playing a heavy gamble. They might well get worst off is the actual government is reelected. What Minister of Education would negociate with those who followed him all the electoral campaign, shouting and protesting?
In short, Jean Charest has a clear advantage in this beginning confrontation. The population should recognize his courage and honesty and ackownledge teh nedd for and unfreeze! Clearly, the PM is standing up, ready to face the protests!

10 comments:

Claude Lalonde said...

Mentionner la franchise et l'honnêteté pour parler de Jean Charest relève de la pure fantaisie. Cela dévalue considérablement vos propos et montre à quel point vous êtes plus partisan que commentateur.

Matt said...

M. Lalonde,

Une étude académique, par des professeurs d'université non partisans, démontrait cet automne que le gouvernement Charest avait rempli près des deux tiers de ses engagements. On peut croire que ce "score" a augmenté depuis.

Par ailleurs, on ne peut tout de même pas reprocher au premier ministre d'annoncer plus de 6 mois à l'avance qu'il entend hausser les droits de scolarité! La dernière fois que ça a été fait, au début 1990, ç'avait été pendant le congé du temps des fêtes et la hausse prenait effet à la session de janvier!

Ce sont les faits... Alors, qui de nous deux est partisan? Il ne vous manque plus que de me ressortir le complot gescaen pour compléter votre très crédible démonstration!
Bien à vous,

Anonymous said...

Je pense qu'il est plus qu'évident que les frais de scolarité doivent augmenter. Au moins au même niveau que le taux d'inflation (moins de 3% par an).
Pour avoir été moi-même étudiant, il n'est jamais souhaité d'être du côté de celui qui donne mais à un certain moment, il faut se rendre à l'évience: on ne peut investir dans le système universitaire en ne demandant qu'au gouvernement de transférer plus d'argent dans le système.

Les fédérations étudiantes, plutôt que de se comporter comme des centrales syndicales devraient profiter du fait qu'on a une proposition sensée, contrairement à ce que pourrait être un dérèglement complet des frais...

K.

lebelge said...

le dégel des frais de scolarité : arguments en faveur du dégel des frais de scolarité

Premièrement, des arguments de démographie et de fiscalité reviennent souvent dans les argumentations. Ceux en faveur d'un dégel croient que le veillissement de la population rendra le fardeau fiscal plus lourd à porter pour les contribuables et que de maintenir inchangés les frais de scolarité ne fera qu'empirer le problème et irait, en plus, à l'encontre de la tendance actuelle des dépenses gouvernementales. En effet, les dépenses en santé ne cessent de croitre alors que celles en éducation ne cessent de diminuer. [1] Ce n'est pas parce que le gouvernement dévalorise l'éducation, mais bien parce que la population requiert que l'argent des contribuables aille en santé. Pensons-y un instant, les jeunes qui vont à l'université viennent principalement de familles aisées (on y reviendra plus tard) et feront un salaire de loin supérieur à la moyenne une fois leurs études terminées. Comment peux-t-on demander à la classe moyenne qui ne profite pas de cette institution de payer pour « les hauts salariés de demain »? [2]. Ensuite, il n'existe aucun lien prouvé entre diminution des frais d'inscription et augmentation de la fréquentation. Prenons l'ontario par exemple qui a énormément augmenté ses frais de scolarité, mais qui a tout de même augmenté son taux de participation. [3] Finalement les étudiants des universités québécoise ne participent que pour moins de 10% aux revenus des universités, il serait raisonnable de leur demander de contribuer d'avantage puisqu'ils retirent personnellement énormément d'avantages à étudier au niveau post-secondaire.

L'argument qui revient le plus souvent dans ce débat est celui de l'accessibilité aux études. Les partisans du statut quo des frais affirment que c'est le facteur le plus important de la fréquentation universitaire [4]. De l'autre côté, les partisans du dégel affirment que les frais de scolarité n'ont que très peu d'influence sur l'achanlandage des université comme nous l'avons vu précédemment avec l'exemple de l'ontario. De plus, seulement 13% des étudiants québécois qui ne poursuivent pas d'études post-secondaires invoquent l'argent comme raison de ce choix [5]. Ce terme, « argent » ne renvoie pas uniquement aux frais de scolarité, mais bien à tout ce dont la personne doit renoncer économiquement pour aller étudier (par exemple, devoir travailler à temps partiel plutôt qu'à temps plein, souvent dans des emplois moins payants et motivant ou encore le fait de devoir assumer les coûts d'un appartement si l'on demeure en région). Ils ne voient pas, non plus, le lien direct entre revenu familial et études des enfant. En effet, ils croient qu'il existe une multitude d'autres raisons qui expliqueraient qu'un jeune venant d'une famille très pauvre n'aille pas à l'université, notamment le niveau d'éducation des parents, la valorisation qu'ils accordent à celle-ci ou encore leur volonté à épargner pour l'éducation de leurs enfants. [6]



Maintenant que vous avez en main les arguments en faveur et contre le dégel des frais de scolarité dans les universités québécoises je crois que vous comprendrez pourquoi le dégel des frais est inévitable et dans l'intérêt des québécois et du Québec. Pour démontrer aux contribuables que cette option est réellement la meilleure il faut, premièrement revaloriser l'éducation post secondaire en commencant au niveau primaire et secondaire. Je proposerais que l'état finance à 100% plutôt qu'à 60% les écoles privées de ces catégories pour mettre fin au profilage financier. Les écoles privées pourraient dès lors accepter des élèves sur base de leur intelligence et de leur travail plutôt que sur la capacité des parents de payer l'inscription. J'introduirais également l'élément de l'utilisateur-payeur dans le sens où pour l'instant pratiquement tous les bénéfices vont aux diplômés (par exemple des meilleurs salaires et conditions de travail) alors que presque tous les coûts sont assumés par des contribuables qui n'iront jamais à l'université et ne profiteront jamais des avantages d'un diplôme. J'opterais aussi pour une importante vague de sensibilisation au fait que le nombre d'emplois qui requiert un diplôme universitaire à grimpé de 92.8% entre 1990 et 2005 alors que ceux ne requiert pas d'éducation post secondaire ont diminués de 35% sur la même période. [7] Il faut que les étudiants prennent conscience qu'il ne faut en moyenne que 221 heures de travail au salaire industriel moyen pour payer une année d'études au premier cycle en sciences humaines [8]. Cela ne représente que 5 semaines et demi de travail à 40heures par semaine et ce alors que l'étudiant moyen jouit de plus de 4 mois de vacances l'été. Finalement, il est impératif de vanter l'amélioration de la qualité des infrastructures et de l'enseignement que permetrait une hausse des tarifs. Vous pouvez même prendre mon exemple, alors que je n'ai jamais eu de professeurs d'économie titulaire avant le tout dernier cours de mon baccalauréat, que je ne suis même pas capable d'accéder à l'internet dans tous les locaux de l'université et que de l'eau coule du plafond dans plusieurs classes.

Antoine. étudiant à l'université de Montréal.

[1] MELS. 2005. L'éducation : l'avenir du Québec. Rapport sur l'accès à l'éducation. Québec : MELS. Page 62

[2] IEM. 2004. Les notes économiques : L'augmentation des fais de scolarité réduirait-elle l'accessibilité aux études universitaires ? Montréal : IEM. Page 3.

[3] Ibid.

[4] FEUQ. 2006. L'enjeu des frais de scolarité au Québec : Argumentaire externe pour le maintient des gels de scolarité. Montréal : FEUQ.

[5] IEM. 2004. Les notes économiques : L'augmentation des fais de scolarité réduirait-elle l'accessibilité aux études universitaires ? Montréal : IEM.

[6] ibid

[7] ibid

[8] FEUQ. 2006. L'enjeu des frais de scolarité au Québec : Argumentaire externe pour le maintient des gels de scolarité. Montréal : FEUQ.

Anonymous said...

Tiens, je croyais que l'auteur de cette lettre avait déjà été attaché politique de la FECQ dans sa jeunesse... Enfin, il faut croire que les arguments de l'IEDM sont irréfutables.

Olivier said...

« Une étude académique, par des professeurs d'université non partisans, démontrait cet automne que le gouvernement Charest avait rempli près des deux tiers de ses engagements. »

J'aimerais avoir la source de cette étude si cela est possible, les libéraux s'y réfère pas mal ces temps çi et j'aimerais bien la lire.

Merci

Matt said...

Bonjour Olivier

pour ce qui est de la référence de l'étude, je crois qu'il y en a une plus récente mais vous pouvez toujours consulter celle-ci: http://www.capp.ulaval.ca/cahier_web/documents/Presentations/Petry%20&%20Collette%20R%C3%A9alisations%20quantitatif.pdf

Merci de me lire et continuez de me faire part de vos commentaires!
Matt

Matt said...

Cher anonyme

d'abord, j'admire votre "guts" de ne pas oser signer vos commentaires, ça en dit long sur votre confiance dans vos convictions!

D'autre part, je ne crois pas qu'avoir été à la FECQ exclu de collaborer avec des instituts de recherche économique, dont l'IEDM. Nier la possibilité de laisser évoluer sa pensée, c'est nier l'intelligence humaine.

Par ailleurs, je me demande bien qui est le plus intéressé dans le débat sur le gel des droits de scolarité: l'IEDM ou les syndicats étudiants?

Bref, où est votre argument là? En plus d'être vide de sens, ça ne fait pas du tout avancer le débat.

Merci quand même!

jf2305 said...

Salut Mathieu, je t'invite à lire mon article sur mon blog : jf2305.blogspot.com et à me livrer tes commentaires ou ton opinion.

JF

Anonymous said...

Je crois que cette augmentation graduelle serait une bonne chose pour donner un coups de pouce au université. Les étudiants on profités longtemps du système en ayant des cours à rabais. Il est temps de remmettre les pendules a l'heure. Moi même étudiant, je pense que ce sacrifice est nécéssaire pour la continuité du bon fonctionnement du système scolaire universitaire.