Tuesday, December 16, 2008

Les vertus de la stabilité

Les gouvernements majoritaires permettent d'éviter la surenchère des plans économiques pharaoniques et à l'efficacité douteuse




Mathieu Laberge
Économiste et directeur de projet au Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO)

La dernière boîte de scrutin des élections provinciales du 8 décembre était à peine dépouillée que déjà des voix s’élevaient pour réclamer « une intervention accrue et soutenue de l’État dans l’économie » pour faire face à la crise qui sévit. La situation n’est guère différente à Ottawa, où la coalition des partis d’opposition a menacé de faire tomber le gouvernement parce qu’elle jugeait que sa mise à jour budgétaire était trop ténue en matière de soutient économique. Avec le climat politique survolté que nous connaissons depuis plusieurs mois, il peut devenir difficile pour les élus de maintenir le cap sur une gestion serrée des deniers publics. Il ne faudrait toutefois pas qu’ils perdent de vue que la politique budgétaire n’est qu’un des outils qui s’offrent aux pouvoirs publics pour faire face à la crise.

Comme c’est le cas pour le conducteur d’une voiture en panne, il existe deux mécanismes qui permettent à l’État de contribuer au redémarrage d’une économie en déclin. Le premier consiste à adapter la politique monétaire du pays, notamment en abaissant le taux directeur de la Banque centrale pour faciliter le recours au crédit et encourager la consommation. Cela équivaut à « sortir les câbles à survoltage » : l’effet est rapide mais s’inscrit plutôt dans le court terme. À ce chapitre, la Banque du Canada a bien fait son boulot jusqu’à maintenant. Encore récemment, elle a abaissé son taux directeur de 75 points de base pour stimuler l’économie et elle n’exclut pas d’autres réductions dans un avenir rapproché. Comme elle l’indiquait encore lors de cette dernière révision : « ces mesures procurent un soutien important et à point nommé à l’économie canadienne. »

Une politique budgétaire ciblée
Le deuxième moyen consiste à augmenter les dépenses du gouvernement, particulièrement dans les infrastructures, pour suppléer aux investissements moroses dans le secteur privé et maintenir l’emploi. Cela correspond à une mise au point complète de son automobile : il faut attendre plus longtemps pour obtenir un résultat, mais lorsque les impacts se font sentir ils sont importants et durables.

Cet aspect de la lutte au ralentissement économique est un fait accompli au Québec. Aussi étonnant que ça puisse paraitre, le meilleur programme de dépenses pour soutenir l’économie québécoise a été lancé en octobre 2007. Il s’agit du Plan québécois des infrastructures qui fait sentir ses effets au bon moment, même si sa première motivation était la réfection de nos infrastructures en piètre état plutôt que la relance économique.

Tout plan semblable adopté aujourd’hui risquerait fort de livrer ses premiers résultats dans un an, voire même plus. La reprise économique sera alors amorcée ou en voie de l’être, rendant ainsi le nouveau plan obsolète. Les prochaines dépenses publiques relatives à la crise économique devraient donc viser à venir en aide directement aux ménages touchés par celle-ci pour leur permettre d’en amoindrir les effets à court terme. Par exemple, le gouvernement pourrait décider de supporter les travailleurs licenciés en leur offrant des programmes de formation continue et de réinsertion en emploi.

Avec 75 % des exportations québécoises et 79 % des exportations canadiennes qui sont parties en direction des États-Unis en 2007, la meilleure planche de salut pour notre économie demeure un ressaisissement rapide de l’économie chez nos voisins du Sud. D’ici là, il faut espérer que la stabilité politique permettra d’éviter la surenchère des plans économiques pharaoniques et à l’efficacité douteuse, au profit de gestes ciblés pour aider ceux qui en ont le plus besoin.

Au Québec, le gouvernement majoritaire nouvellement élu est en bonne position pour éviter la partisannerie exacerbée et les écueils économiques qu’elle engendre, ainsi que pour faire face aux pressions pour des dépenses publiques accrues. Reste maintenant à ce qu’une telle stabilité puisse être retrouvée à Ottawa, que cela passe par une entente tacite entre les partis pour assurer une certaine stabilité au gouvernement minoritaire, voire même par l’élection d’un nouveau gouvernement majoritaire.

(Source de l'image: www.radio-canada.ca/nouvelles)

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Thursday, November 13, 2008

Des gains importants à réaliser | Important gains to make

Le commerce interprovincial devrait devenir une « voie de contournement » de la crise pour l’économie du Québec et des autres provinces


Voici le texte original que j'ai publié dans La Presse de ce matin.


Mathieu Laberge
Économiste et directeur de projet au Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO)

Le ralentissement économique mondial qui sévit actuellement constitue une opportunité à saisir pour les Canadiens. Alors que plusieurs autres pays pourraient connaître une récession, le commerce interprovincial devrait devenir une « voie de contournement » de la crise pour l’économie du Québec et des autres provinces. Déjà importante lorsque le climat économique est clément, la question de la réduction des freins au commerce interprovincial devient incontournable au moment où s’amorce un dialogue fédéral-provincial sur la façon de faire face aux turbulences économiques.

Le protectionnisme de retour chez nos partenaires?
Dans le contexte économique actuel, l’accession de Barack Obama à la Maison Blanche fait craindre une résurgence du protectionnisme chez nos voisins du Sud, le président désigné ayant ouvertement questionné l’ALENA lors de la dernière campagne électorale américaine. Or, les mesures protectionnistes font mal. Vous rappelez-vous de la crise du bois d’œuvre? Alors que tout allait relativement bien, le gouvernement du Québec estime que cette prise de bec entre le Canada et les États-Unis a coûté près de 470 millions de dollars annuellement à l’économie de la province. Imaginez l’impact qu’elle aurait maintenant que l’économie est d’humeur orageuse.

Ce mouvement vers des politiques de réduction du commerce international pourrait également faire tache d’huile et s’étendre au reste du globe à la faveur de la propagation de la crise économique chez nos partenaires commerciaux. Dans le Nouvel Observateur du 30 octobre, l’essayiste français Emmanuel Todd appelait d’ailleurs l’Europe à adopter des politiques de restriction du commerce extérieur. Et c’est sans compter que des élections pourraient porter au pouvoir des administrations protectionnistes au Royaume-Uni, en Allemagne, au Parlement européen ainsi que dans 11 autres pays européens de moindre importance commerciale d’ici la fin de 2010.

Qu’on le veuille ou non, il deviendra de plus en plus difficile de parler de libre-échange à mesure que la crise financière fera sentir ses effets. Les leaders québécois et canadiens auront beau y mettre toute leur bonne foi, « it takes two to tango ». Il y a fort à parier que la seule réponse qu’ils recevront désormais de leurs interlocuteurs sera un navrant silence radio. Et s’il valait mieux miser sur un « set carré » canadien?

Beaucoup à faire ici même
S’il est vrai que les échanges entre les provinces canadiennes ont occupé une part généralement plus stable dans leur PIB que le commerce international depuis le tournant des années 2000, il n’en demeure pas moins qu’il reste des barrières à la circulation des biens à l’intérieur même du Canada.

En 2004, une enquête de la Chambre de commerce du Canada révélait que les entraves les plus fréquentes au commerce interprovincial étaient la superposition des réglementations entre les différentes provinces, la nécessité d’acquérir de multiples permis pour faire des affaires d’un océan à l’autre et les politiques d’achat local des gouvernements provinciaux. Ces différences de réglementation imposent des coûts importants, notamment aux petites et aux moyennes entreprises, ce qui réduit leur capacité de profiter pleinement du marché intérieur canadien.

Loin d’être un appel au repli sur soi, le développement du commerce interprovincial et la réduction des freins à celui-ci permettraient aux entreprises canadiennes de faire face à la baisse ponctuelle de la demande extérieure pour leurs produits en écoulant ceux-ci ailleurs au pays. Cela les préparera également à d’éventuelles discussions sur le libre-échange nord-américain ou européen. Non seulement pourraient-elles amoindrir ainsi le repli dû aux turbulences économiques, mais elles pourraient également en profiter pour se consolider et combler en partie leur écart de productivité avec leurs concurrentes. Une fois le ralentissement économique passé, elles seraient alors mieux outillées pour profiter de la reprise chez nos partenaires commerciaux.

Alors que les Québécois ont été d’ardents défenseurs du libre-échange américain, on voit mal pourquoi ils ne défendraient pas maintenant la fluidité commerciale entre les provinces avec autant de vigueur. Compte tenu des gains importants à réaliser pour les entreprises québécoises, tous les chefs de parti du Québec ont intérêt à promouvoir la réduction des entraves au commerce interprovincial. C’est d’autant plus vrai que le gouvernement Harper, qui est habituellement favorable à la liberté d’entreprise, ne risque pas de se dresser sur la route du prochain gouvernement québécois à ce sujet, quelle que soit sa couleur.


Des réactions?

Sunday, November 09, 2008

Verbillage étudiant! | Student's unreasonnable demands


Les fédérations étudiantes ont demandé aujourd'hui un moratoire sur le dégel des droits de scolarité. Ils veulent en outre des États généraux sur l'éducation. Ce qu'il y a de neuf dans ces demandes? Rien, justement.


Attendez un peu que j'y pense... un moratoire sur le dégel, n'est-ce pas un euphémisme pour parler de gel? Ah! tiens donc! Et on nous refait même le grand coup de 2007, avec la caravanne, le question et tout et tout...


Le plus décevant dans cette revendication, c'est qu'elle trahi le manque flagrant de réflexion des mouvements étudiants sur le devenir de l'éducation supérieure. Des États généraux sur la situation des études postsecondaires? Allons donc! Demander de nouveau un large débat public sur l’accessibilité aux études relève purement et simplement de la mauvaise foi. Cette question a été débattue en long et en large au cours des dernières années. La Commission de l’Éducation de l’Assemblée nationale a même tenu une vaste consultation sur la qualité, l’accessibilité et le financement des études universitaires en 2004. Plus de 90 mémoires ont été déposés à cette occasion et 87 organismes, dont les associations étudiantes et les syndicats, ont été entendus par les parlementaires.


Dans la même veine, la FEUQ a produit l'an dernier (en octobre 2007!) un volumineux rapport devant mener à préciser sa vision. Résultat final, un an plus tard? On réclame un gel (oh, pardon! un moratoire!) des droits de scolarité. Honteux!


La vérité, c'est que depuis 1968 les droits de scolarité des étudiants n'ont été augmentés que pendant deux périodes: au début des années 1990 et aujourd'hui. Qui plus est, les fédérations étudiantes réclament le retour au financement fédéral de 1994-1995, alors que leurs membres ne paieront toujours pas en 2012 l'équivalent de ce qu'ils payaient en 1994-1995 si on tient compte de l'inflation. Pour de plus amples détails sur la situation des droits de scolarité au Québec et une proposition de compromis de dégel, voir un papier que j'ai publié récemment.


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Quebec student unions published today their demands for Quebec provincial elections 2008. Their solutions to the lack of funding for universities? A return to the tuition fees freeze and a large debate on the future of postsecondary education! As if we hadn't done it yet!


A year ago, they published an important report to explain their vision of Quebec postsecondary education. Where did it bring us? Back in 1994-1995: tuition fees freeze, increase of the federal funding, etc.


The reality is that since 1968, tuition fees were increased only twice in Quebec: early in the 1990's and now. Moreover, Quebec students won't pay in 2012 the same amount in real terms than they were paying in 1994-1995! For more details on the situation of tuition fees in Quebec and a proposition for university funding, read a paper I published recently.

Friday, October 24, 2008

Réactions au dégel asymétrique | Reactions to asymetric unfreeze of tuition fees

Hier, l'Institut de recherche et d'information socio-économique (IRIS) a pondu une "étude" qui remet en question le dégel asymétrique assorti d'un programme de remboursement proportionnel au revenu (RPR).
Selon l'IRIS, "s'il continue de hausser les droits de scolarité, le gouvernement du Québec se trouvera aux prises avec une explosion de l'endettement étudiant [...]" La proposition que j'ai fait augmenterais effectivement l'endettement des étudiants. Les plus démunis d'entre-eux pourraient toutefois rembourser leur dette lorsqu'ils seraient sur le marché du travail. Ce remboursement serait proportionnel au revenu gagné par l'ex-étudiant.
Je ne vois pas en quoi cela est révoltant. Il est évident qu'un étudiant en médecine pourrait sortir de ses études avec une dette de près de 60 000 $. Mais lorsqu'on génère un revenu de l'ordre de 100 000 $, et même plus dans le cas de plusieurs spécialités, en quoi cela pose-t-il un problème? Je l'ai dit et je le répète, le problème des étudiants en est un de liquidité, pas de richesse! À terme, une fois leurs études terminées, les étudiants universitaires sont plus riches que la moyenne de la population.
Reste le cas de ceux qui commencent un programme coûteux et changent ensuite vers un programme qui offre des perspectives salariales moins intéressantes. Comme le RPR prévoit un remboursement proportionnel au revenu (d'où le PR!), ils ne seraient pas accablés par des paiements trop élevés.
Les gens de l'IRIS reconnaissent que: "D’autre part, les chercheurs [de l'IRIS] offrent leurs services aux groupes communautaires, groupes écologistes et syndicats pour des projets de recherche spécifiques ou pour la rédaction de mémoires." Il me semble donc que cette nouvelle étude vient confirmer leur rôle de défenseur des intérêts larvés des syndicats et des différents corporatismes qu'ils défendent...
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A left-wing think tank of Montreal (Institut de recherche et d'information socio-économique) denounced yesterday my proposition to charge tuition fees as a percentage of the cost of formation and to implement an income-based debt repayment program. They argue that such a proposition would increase student indebtment.
That is true, but it isn't a problem. As I said, students' financial problems are not a wealth problem: studying is an investment and university graduates earn a salary higher than the average. Student's financial problem is a liquidity problem: they don't have the money to pay for tuition fees while they are studying. Allowing them to accumulate a debt which will be repayd once they eaer a salary is thus a good policy encouraging university enrollment.

Thursday, October 23, 2008

Plamarès des écoles secondaires 2008 | High schools ranking 2008

J'ai publié ce matin, avec Marcel Boyer, le palmarès des écoles secondaires 2008. Ce palmarès a été rendu populaire par le magasine L'actualité qui le publie pour la 9e année consécutive.

L'édition 2008 est toutefois totalement revampée! On y a inclus un nouvel indicateur d'impact qui vise spécifiquement à mesurer la capacité de l'équipe-école à faire réussir les étudiants. Ce nouvel indicateur répond d'ailleurs aux principales critiques du palmarès: on y tient compte de la sélection que pratiquent les écoles et du milieu socio-économique des parents. L'indicateur de résultat, qui est calculé depuis le début demeure. Dans les mots de François Guérard, de L'actualité:

"Chaque école est une équipe d’alpinistes : les élèves sont les grimpeurs, la direction et le personnel enseignant, les sherpas. Les équipes ne sont pas toutes égales. Certaines ne sélectionnent que les meilleurs grimpeurs. Parce qu’ils ont des parents qui investissent temps et argent dans leurs études, ces grimpeurs d’élite ont une longueur d’avance sur les autres, comme s’ils avaient été héliportés au camp de base. D’autres groupes, moins bien équipés, prennent le départ au pied de la montagne. L’indicateur de résultat mesure l’altitude atteinte par les différentes équipes à la fin de l’ascension. C’est la note des élèves.

Les sherpas non plus ne sont pas tous égaux. Certains profs sont plus compétents que d’autres. L’implication du directeur, la motivation du personnel, la qualité des activités parascolaires varient d’une école à l’autre. L’indicateur d’impact évalue non pas l’altitude, mais la distance parcourue à partir du point de départ grâce au travail des sherpas. C’est la note du personnel de l’école. "

Il ressort de ce nouveau palmarès que ce n'est pas le secteur de l'école - privé ou public - qui est la variable déterminante du classement, mais les pratiques de sélection des écoles. Or, 50 % des écoles publiques du Québec sélectionnent leurs effectifs en tout ou en partie! En incluant les écoles privées, il y a donc une pluralité d'école du Québec qui pratique la sélection, sous une forme ou sous une autre!

Comment les critiques du palmarès réagiront à ces innovations? Dieu seul le sait et le diable s'en doute! À suivre...

Monday, October 20, 2008

Les droits de scolarité asymétrique | Asymetrical tuition fees

Je publie ce matin une Note économique qui propose de fixer les droits de scolarité universitaires en fonction du coût de formation des différents domaines d'étude dès 2012. Si on fixait les droits de scolarité à 38 % du coût de formation, qui correspond au pourcentage actuellement assumé par les étudiants en administration et en sciences humaines, cela permettrait d'augmenter de 110 millions le financement des universités québécois. À noter qu'avec ce plan, 47 % des étudiants verraient leurs droits de scolarité inchangés ou diminués et que la moyenne des droits de scolarité serait de 2500 $ à terme. Les étudiants en médecine vétérinaire seraient ceux qui paieraient le plus (12 528 $) alors que ceux en lettre paieraient le moins (1687 $). Pour amoindrir l'effet négatif d'une hausse des droits de scolarité, cette réforme devrait être mise en place avec un programme de remboursement proportionnel au revenu (RPR).
Vous pouvez consulter un compte rendu de l'étude sur cyberpresse.
Vous pouvez consulter l'étude complète sur le site de l'IEDM.
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This morning, I am publishing a study recommanding to charge university tuition fees in proportion of the cost of formation, beginning in 2012. If tuitions fees were 38 % of the cost of formation, which is the percentage actually paid by student in management and in social sciences, it would allow to raise 110 millions more to finance Quebec universities. It is noticeable that this plan would leave the amount paid by 47 % of the students unchanged or diminished and that the averag tuition fees would be 2500 $ a year at the end of the reform. Veterinaries would pay the higher tuition fees (12 528 $) and people studying in litterature would pay the least (1687 $). To offset negative effects on poor students, that reform should be implemented together with an Income-based student loan repayment program.
You can read the complete study on the MEI's website.

Friday, June 27, 2008

Effectifs infirmiers: une pénurie d'imagination? | Nursing staff: imagination missing?

Voici un texte que j'ai publié ce matin dans Le Devoir:
Mathieu Laberge, Économiste à l'Institut économique de Montréal (IEDM)

L'été est une période particulièrement pénible pour quiconque transige avec le système de santé québécois, c'est bien connu. Confrontés à une pénurie d'infirmières alléguée -- le ministère de la Santé et des Services sociaux estime qu'il faudrait 2643 infirmières supplémentaires en 2008 pour faire face à la demande -- les gestionnaires d'établissements de santé voient souvent avec appréhension arriver le temps des vacances estivales.
Pourtant, une étude de l'Institut économique de Montréal publiée récemment donne à penser que bon nombre d'infirmières sont prêtes à travailler dans le secteur privé, en sus de leur pratique normale dans le secteur public, et ainsi contribuer au désengorgement de nos hôpitaux. Selon cette enquête menée auprès de 1420 infirmières l'hiver dernier, il existerait une offre de travail supplémentaire de la part des infirmières que le secteur public n'arrive pas à concrétiser. La majorité des répondantes (54 %) auraient accepté de travailler dans le secteur privé pendant les quarts de jour en semaine, en plus de leur tâche habituelle dans le secteur public. En moyenne, les répondantes auraient offert jusqu'à 15 heures par mois, ce qui représente presque deux jours supplémentaires!
À ne pas négliger
Cette offre de travail équivaut en moyenne à l'apport de 3730 infirmières en équivalent temps plein pendant les quarts de jour en semaine, de 2210 pendant les soirs de semaine, de 1350 pendant les fins de semaine et de 290 pendant les congés fériés. Bien que modeste, cette offre de travail complémentaire ne saurait être négligée. Cette enquête permet de croire que la pratique dans le secteur privé ne causerait pas un déplacement de ressources humaines, puisqu'elle peut mener à un accroissement de l'offre de services, tant par une quantité supérieure d'heures travaillées que par une atténuation de la tendance à abandonner la profession. Il faudrait donc considérer la pratique mixte public-privé des infirmières comme une solution partielle, mais durable, aux besoins du système de soins de santé. En conséquence, une plus grande ouverture à la pratique mixte pourrait se révéler être un moyen de réduire la pression sur le système de santé québécois.
Un problème d'organisation du travail
Les résultats de l'enquête suggèrent aussi que l'actuelle pénurie d'infirmières au sein du système de santé public est un indice de problèmes plus profonds. Ceux-ci relèvent souvent de l'organisation du travail dans le secteur public, avec des règles rigides et un milieu de travail peu efficace et peu satisfaisant. À cet égard, le rapport de la Table nationale de concertation sur la main-d'oeuvre en soins infirmiers suggère des pistes de solution intéressantes, comme le mentorat, une meilleure flexibilité des horaires ou une stabilisation des équipes de travail. Malheureusement, on peut douter que ces mesures permettent d'accroître suffisamment le nombre d'infirmières et leur taux de rétention pour répondre à la demande croissante pour les soins de santé. Tout en rejoignant plusieurs des constats mentionnés par l'enquête de l'IEDM, la Table nationale de concertation, à laquelle tous les syndicats ont participé, se désole que des infirmières se détournent du secteur public. Elle propose de réduire le recours à la main-d'oeuvre indépendante et aux heures supplémentaires. Belle affaire! Pourtant, la popularité actuelle des agences de placement privées semble être surtout un symptôme des problèmes de flexibilité et d'horaires rigides de travail du secteur public, plutôt que la cause du manque d'infirmières.
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In this paper published today in Le Devoir (in French), I argue that the actual deficit of nursing staff in Quebec might be due to a bad work organization rather than on a true lack of workers. A study conducted by the Montreal Economic Institute reveals that more than half of those surveyed (54%) were open to working on weekdays in the private sector in addition to their regular duties in the public sector. The additional availability of nurses for the private sector would amount to hiring the fulltime equivalent of more than 3,730 nurses on weekdays, 2,210 on week evenings, 1,350 on weekends and 290 on holidays.
Unfortunately, when it comes to find solution to the health system problems, we often hear more about increasing budgets and spending more resources than on optimizing the actual available resources.

Tuesday, June 24, 2008

Bonne Saint-Jean ! | Happy Saint-Jean-Baptiste's Day

Quelques mots seulement pour vous souhaiter une bonne Saint-Jean-Baptiste! C'est l'occasion de célébrer ce qui nous uni comme citoyens du Québec!





A few word to wish you all a good Saint-Jean-Baptiste's day. It's time to celebrate what unites us as Quebec's citizens.

Thursday, June 19, 2008

Le déséquilibre fiscal de retour! | Fiscal imbalance comes back!

Je vous invite à lire l'article publié plus tôt cette semaine dans Le Devoir "Déséquilibre fiscal: Le problème reste entier" signé par Alain Noël, Nicolas Marceau, Andrée Lajoie et Luc Godbout. Ils plaident essentiellement que le déséquilibre fiscal n'a pas été réglé et qu'il s'agit toujours d'un problème de la fédération canadienne.
En septembre 2006, j'avais écris une chronique dans La Presse où je qualifiait le déséquilibre fiscal de "monstre rhétorique". J'ai donc pris quelques jours pour réfléchir à ces nouveaux arguments et évaluer si ma position avait changé depuis. La réponse est non.
Je ne crois pas au déséquilibre fiscal pour deux raisons.
D'abord, s'il y a un palier de gouvernement qui perçoit auprès des contribuables des sommes trop importantes pour ses besoins, il doit leur retourner ces sommes et pas les échanger avec un autre gouvernement soit-il provincial, municipal ou autre. Dans ce contexte, argumenter qu'il existe un déséquilibre fiscal équivaut à prétendre que l'impôt dépossède les individus de leurs argent, ce qui est faux. Dans mon esprit, les contribuables acceptent de mettre en commun des ressources pour entretenir un système démocratique et obtenir certains services ciblés de celui-ci: sécurité, filet social et protection de l'environnement par exemple. Bref, un gouvernement ne devrait pas sentir qu'il a le droit de disposer des sommes excédentaires comme bon lui semble: c'est malhonnête et ça enfreint la transparence minimale qu'on attend d'une instance publique.
Remarquez, c'est ce qu'a essayé de faire (de façon maladroite) le gouvernement fédéral en réduisant la TPS. Il aurait certainement été mieux de réduire l'impôt sur le revenu, mais bon... don't cry over spilt milk.
Ensuite, le gouvernement théoriquement un horizon de taxation très large. Lorsque le gouvernement fédéral réduit ses impôts et ses taxes, les autres palliers de gouvernements peuvent occuper cet espace fiscal. Le gouvernement du Québec aurait pu le faire dans le cas de la TPS, mais il a refusé de considérer cette option.
C'est là une démonstration de deux choses: (1) les besoins ne sont pas si criants qu'on ne le dit puisqu'on n'a pas saisi l'opportunité qui se présentait et (2) le coût politique d'augmenter la TVQ pour occuper le champ fiscal laissé libre par la réduction de la TPS était plus élevé que les bénéfices attendus, ce qui nous ramène en (1).
Je maintient donc mon opinion de 2006: le déséquilibre fiscal est un monstre rhétorique qui vise à faire assumer à l'ensemble des canadiens les choix (ou l'absence de choix!) politiques des Québécois.
Je termine en reprenant un passage de l'article d'Alain Dubuc, hier dans La Presse: "On dit souvent que le Québec s'achète des Cadillac qu'il n'a pas les moyens de se payer. Le Québec est moins riche que la plupart des provinces, son fardeau fiscal est parmi les plus élevés, c'est la province la plus endettée, et c'est ici qu'on trouve les programmes sociaux les plus généreux. Tout cela est vrai, mais ce n'est pas la bonne façon de poser le problème. Le Québec a des moyens. Mais pas pour tout faire."
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Four university professors from Quebec published this week a paper in Le Devoir (in French), arguing that fiscal imbalance is still existing. In september 2006, I argued that fiscal imbalance was a political buzzword (in French). Then, I had to rethink about what I wrote to evaluate if my point of view was still correct.
My answer to that question is yes, for two reasons.
First, I do not believe governments have the right to swap money from taxpayers without their consent. When we pay taxes, we expect the government to use for what it was collected. If there are surpluses, there should be tax relfiefs. Doing something else would violate the basic transparency we expect from our public bodies.
Second, I believe governments have theoritically very large taxing perspectives. If a government reduces its taxes, any other government could raise its own fiscal perceptions and increase its revenues while leaving the global taxes paid unchanged. Quebec governement could have done that when the federal government reduced the GST. It didn't. That shows two things: (1) the needs aren't that sharp since we can miss such an opportunity and (2) the political cost was higher than the expected benefits of raising the provincial sales tax (which bring us back to (1)).
Therefore, I maintain my opinion that all the fuss about fiscal imbalance if a rhetorical monster which aims to put the burden of Quebecers' political choices (or lack of political choices) on all the Canadians.

Saturday, June 14, 2008

Existe-t-il un marché de l'amour? | Is there a market for love?

Voici un résume de la conférence que j'ai prononcé au Solo rendez-vous, le Salon des célibataires (le texte prononcé a préséance):
Alors que plusieurs se préparent à célébrer la Saint-Valentin, on peut se demander : « pourquoi diable un économiste s’intéresserait-il au phénomène des sites de rencontre? » En effet, dans l’esprit de plusieurs, l’amour et la recherche d’un partenaire se situent à mille lieues des considérations économiques. Et pourtant! Une étude publiée par l’Institut économique de Montréal, à l’aide de données originales de RéseauContact, démontre non seulement que les amateurs du flirt en ligne répondent aux incitations économiques, mais également que l’industrie s’adapte à de tels comportements. Voyage dans le monde de l’économie des comportements sociaux…

Les dragueurs en ligne répondent aux incitations économiques
« Le temps, c’est de l’argent! » La plupart des économistes reconnaissent dans cet énoncé une des bases de l’analyse économique. Effectivement, on considère que le coût de renonciation, qui correspond à la valeur du temps d’un individu, équivaut en gros à son salaire horaire. Puisque leur temps vaut cher, les personnes qui ont un salaire horaire élevé tenteront de trouver des moyens qui exigent moins de temps pour obtenir un même résultat.

La drague traditionnelle est « coûteuse » en temps comparativement à la drague en ligne. Dans le premier cas, il faut se déplacer dans un lieu de socialisation, identifier les partenaires potentiels et les trier au fil des discussions. Les sites de rencontre diminuent le coût en temps de chacune de ces étapes de la recherche d’un partenaire. Conséquemment, on devrait trouver parmi les membres des sites de rencontre des gens qui essaient de « sauver » du temps : plus d’hommes, plus d’hommes en situation financière aisée que de femmes dans la même situation et des gens généralement plus éduqués que dans la population en général.

Les données de RéseauContact confirment ces « prédictions économiques » sur les membres des sites de rencontre. Du 15 décembre 2007 au 14 janvier 2008, 53 % des membres actifs sur RéseauContact étaient des hommes comparativement à 47 % de femmes. Il y avait également deux fois plus d’hommes que de femmes qui se déclaraient en situation financière aisée. Et même lorsqu’on tient compte des différences de scolarité liées à l’âge et au sexe, il y avait plus de diplômés collégiaux et universitaires parmi les membres de RéseauContact que dans l’ensemble de la population.

Une autre prédiction économique est également confirmée par les données : compte tenu de leur « rareté relative », les femmes sont prisées sur le site. Les hommes sont donc plus disposés que les femmes à dépenser de leur temps pour rencontrer une partenaire lorsqu’on tient compte du niveau de revenu (Figure 1). On observe également dans cette figure que les personnes pour qui le temps a plus de valeur passent moins de temps par connexion que les personnes en situation financière moyenne ou précaire. Bref, ils sont économes de leur temps puisqu’il s’agit pour eux d’une denrée rare!

L’industrie s’adapte aux incitations économiques des membres
Les sites de rencontre diminuent donc les coûts de recherche d’un partenaire en réduisant le temps consacré à cette activité. Mais ce que peut nous révéler l’analyse économique sur cette industrie ne s’arrête pas là!

Comme les hommes sont relativement abondants sur les sites de rencontre, ils ont besoin d’outils pour faire valoir des aspects moins apparents de leur « produit ». Sur RéseauContact, les hommes peuvent se différencier de leurs concurrents en devenant « membre privilège », ce qui leur permet d’envoyer des messages personnalisés (les « membres visiteurs » ne peuvent envoyer que des messages préfabriqués). Comme ce comportement est particulièrement important lorsqu’on est confronté à une concurrence féroce, 22 % des hommes sont membres privilèges alors que seulement 11 % des femmes le sont.

De même, les sites de rencontre permettent aux membres de « signaler » la véracité des informations de leurs profils en y ajoutant des photos ou en participant au vidéo-clavardage. La présence d’une photo semble d’ailleurs encourager la véracité des informations du profil sur l’apparence physique des membres. Par exemple, alors que 50 % des hommes sans photo se déclarent de « très bonne » apparence physique, cette proportion tombe à 44 % chez les hommes avec photo (la différence est similaire chez les femmes). En ce qui concerne le poids, 29 % des femmes sans photo se déclarent « minces » contre 23 % des femmes avec photo, alors qu’il n’y pas de différence dans la proportion d’hommes qui se disent minces avec ou sans photo (14 %).

Finalement, dans le contexte de l’analyse économique, la fonctionnalité « jouez le cupidon » permet de devenir un « courtier en relations amoureuses ». Un tiers peut ainsi mettre un ami en contact avec des membres de RéseauContact en lui envoyant par courriel leurs profils.

En somme, la rationalité économique permet d’avoir un regard neuf mais réaliste sur les comportements des membres des sites de rencontre. En ce sens, elle n’est pas qu’affaire de chiffres et de formules. Elle est profondément ancrée au cœur de l’être humain. L’industrie des sites de rencontre a bien reconnu cet état de fait en fournissant à ses membres les outils nécessaires pour faire de ces sites de véritables « marchés des relations amoureuses »!

L’étude complète peut être consultée sur le site de l’Institut économique de Montréal :
http://www.iedm.org
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Recently I gave a conference about the economics of romantic relationships. From original data of Réseau Contact, I analysed the behaviour of the members of online dating sites. I found that:
- Singles respond to economic incentives, notably by saving their time by using online dating instead of traditionnal dating when their opportunity cost is higher. That means online dating sites have a higher proportion of well educated, middle age (25-45) and higher than average income members.
- As women are generally rare, men are spending more time to close the transaction of meeting a partner, reflecting the highest "value" of women.
- The industry adapt to competition, mainly between men, by offering them tools to differentiate themsleves from the substitute.
- Signalling takes effect on online dating websites: people are incited to tell the truth (notably about their physical appearance) when they put a picture on their profile.
You can read the whole paper at: http://www.iedm.org

Libéraliser l'université | Liberalising universities

Voici un résumé de la conférence que j'ai prononcé au Congrès de la Commission des Jeunes de l'ADQ (le texte prononcé a préséance):
Ce dont j’aimerais vous parler aujourd’hui, c’est comment embrasser les défis de l’avenir pour l’éducation supérieure. Alors, comme le temps est compté, je ne m’attarderai pas longtemps sur les formes de financement autres que la hausse des droits de scolarité. Je mentionnerai simplement que :

- Le Québec dépense 25 % de plus que la moyenne des pays de l’OCDE en éducation
- De fait, il n’y a que 3 pays qui dépensent plus que nous
o Le financement public est largement suffisant!

- Chaque dollar de réduction de la taxe sur le capital des entreprises réinjecte 1,21 $ dans l’économie québécois : c’est plus que du 1 pour 1!
o Surtaxer nos entreprises, c’est amorcer un cercle vicieux de la pauvreté pour le Québec
o Tarification beaucoup moins dommageable :

Il ne reste donc qu’une option : augmenter les droits de scolarité…

Pourquoi?

D’abord parce qu’étudier c’est payant! Presque deux fois plus pour les individus que pour la société

Rendement privé moyen d’un bacc. : 17.25% contre 10.5% de rendement social en 2000 (Moussaly, 2005)

Il existe peu de placements qui rapportent plus que l’éducation!

Ensuite, parce que si le dégel est bien fait, c’est une mesure qui permet une meilleure équité envers les moins nantis :

À l’heure actuelle, il y a deux fois plus d’étudiants qui proviennent de familles aisées que de familles pauvres dans nos universités. C’est au Québec que ce déséquilibre est le plus important.

Ça veut donc dire que de financer l’éducation par les impôts, ça revient à faire payer l’éducation des riches par les contribuables de la classe moyenne…

Ce sont les pauvres du Québec qui paient pour l’éducation des riches à cause du gel universel des droits de scolarité.

C’est pourquoi il faut dégeler les droits de scolarité et augmenter l’aide financière aux études de façon ciblée pour aider les moins nantis. De la sorte, ceux qui ont les moyens de payer le feront, ce qui permettra de venir en aide spécifiquement à ceux qui en ont besoin.

Ainsi, les droits de scolarités augmentés graduellement avec un programme de support aux plus démunis représentent également une meilleure équité entre les étudiants eux-mêmes. À l’heure actuelle (% des coûts actuel) :

Ce qui m’amène à conclure sur ma proposition de plan de financement de l’éducation, après la période de dégel. Il s’agit d’un plan 2012-2017 :

1- Dégel asymétrique selon les disciplines pour que les droits de scolarité représentent 40 % des coûts de formation
a. Certains auront à payer plus
b. D’autre y gagneront (arts, lettres et sciences humaines)
c. Permettra une meilleur équité entre les étudiants et reflètera également les rendements différenciés des différents programmes

2- Augmenter graduellement pour rejoindre la moyenne canadienne
a. Assurer la qualité de nos universités par rapport au reste du Canada
b. Deux fois l’inflation à chaque année, ce qui implique une perte de 165 étudiants par année
c. Si on vient en aide à ceux qui en ont réellement besoin, on peut réduire voire éliminer cet effet négatif du dégel
3- Instaurer un RPR fiscalisé
a. Permettre aux étudiants les moins nantis de ne pas payer leurs droits de scolarité pendant leurs études
b. Remboursent proportionnellement à leurs revenus une fois gradués, possiblement par leur déclaration d’impôts.

Autres questions qui devront faire l’objet de débats sur l’éducation :

- Internationalisation
o On n’est plus à l’époque où on faisait venir des étudiants étrangers chez-nous : on va maintenant vers l’étranger
o University of Nottingham : Ningo (China), Singapor
o Champlain College (Vermont) à Montréal

- Cégeps:
o Ils ont mal vieilli après 40 ans.
o Il faut considérer de leur donner une plus grande autonomie pour qu’ils puissent se démarquer et développer une expertise… bref être innovateurs!
Vous pouvez consulter la présentation power point de cette conférence au: http://www.iedm.org
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Today, I pronounced a conference about postsecondary education finance at the Congrès of the Commission des Jeunes de l'ADQ. Shortly, here is what I said:
- There is no alternative to increase university funding than to raise tuition fees. Quebec's public spending on education is already one the highest in OECD countries. Furthermore, increasing taxes, for enterprises as well as for individuals, is always worst for the economy than to increase tuition fees.
- Thus, the next unfreeze plan (2012-2017) should include an asymetrical increase of tuition fees between programs: students should pay an amount reflecting their expected return of education and the their cost of formation.
- If an asymetrical unfreeze scheme is put into place, we must revise also the funding for students. A good way to think of student funding would be to implement a fiscally managed income-based student loan repayment program.
You can consult the power point presentation of that conference at: http://www.iedm.org

Friday, May 16, 2008

Devrait-on avoir peur des PPP ? | Should we fear PPP ?

Voici le texte d'une conférence que j'ai prononcée hier au 33e congrès annuel de l'Association des économistes québécois (ASDEQ). Le texte prononcé fait foi.
INTRODUCTION
J’aimerais d’abord vous remercier de m’inviter à prendre la parole devant vous.
C’est évidemment un grand honneur pour moi de venir faire une présentation devant un parterre composé de mes pairs.

C’est d’autant plus un honneur, qu’on m’a demandé de parler d’un sujet – les PPP - où je suis intimement convaincu que nous, les économistes québécois, avons encore beaucoup de travail pédagogique à accomplir.

On le sait, les PPP suscitent beaucoup de méfiance au Québec. Certains y voient l’expression du « vieux fond catholique » des Québécois réfractaires à l’esprit d’entreprise et au profit.

D’autres, comme Joseph Facal, croient que cette méfiance tire sa source d’un attachement à l’État québécois, qui a été un vecteur de développement.

Chose certaine, il y a une progression dans l’opinion qu’ont nos concitoyens des PPP. En 2007, 69 % des Québécois se disaient très ou plutôt d’accord avec la formation de PPP. Il s’agit d’une nette progression par rapport à 2005.

Pour ma part, je vois dans cette méfiance une méconnaissance et une mauvaise compréhension des PPP.

Et j’en profite pour revenir sur le thème de ce panel : « Doit-on avoir peur des PPP ? »

C’est un peu comme demander à un panel de Chefs cuisiniers : « Doit-on craindre le robot culinaire? » Ou encore la cocotte-minute?

La réponse la plus vraisemblable est probablement : « Non, si on l’utilise comme il faut »
Personne ne craint le robot culinaire à moins de s’y être mis la main pendant qu’il était en marche…

Comme tout autre outil, les PPP sont inoffensifs… si on les utilise comme il faut. La question me semble alors beaucoup plus complexe : « En 2008, au Québec, a-t-on les institutions et les mécanismes nécessaires pour utiliser correctement les PPP? »

CONDITIONS EN TROIS TEMPS
Il y a trois ensembles de conditions pour favoriser la réussite des PPP.

Le premier a trait à la légitimité et à la transparence. Il requiert notamment :
· un engagement politique clair et constant;
· une démarche transparente et publique;
· Des règles de transitions pour les employés qui sont claires et connues.

Il y a un ensemble de projets de PPP qui ont échoués parce qu’ils ne rencontraient pas un ou plusieurs des facteurs de réussite que je vais aborder. Vous me permettrez toutefois d’aborder essentiellement des exemples liés au réseau routier, pour deux raisons. D’abord, le nombre de succès et d’échecs de P3 dans ce domaine est important. Ensuite, l’implication historique du secteur privé dans les projets routiers en fait une bonne base de démarrage d’une première vague de P3.

Parmi les échecs relatifs au manque de transparence et de légitimité, j’aimerais rapidement revenir sur le cas de la Hongrie.

En 17 ans, la politique hongroise en matière de PPP a changé quatre fois d’orientation, soit en moyenne à chaque changement de gouvernement. La politique officielle est passée de la promotion des PPP, au retour au mode de réalisation traditionnel, en passant par la réouverture des contrats. C’est aussi en Hongrie que le jugement des expériences des PPP a été parmi les plus sévères.

Ça me semble être un bon exemple de ce qu’il ne faut exactement pas faire…

Au Québec, il semble que la Politique-cadre sur les PPP, adoptée en 2004, répond au moins partiellement aux impératifs de légitimité et de transparence :
· Elle détermine les conditions générales pour avoir recours à un P3;
· Elle prévoit la transition des employés du secteur public au secteur privé.

Il me semble toutefois que nous ayons encore du chemin à parcourir avant que le processus de délégation soit totalement transparent.

Par la nature de leur tâche, il y a des choses que les politiciens ne peuvent tout simplement pas dire. Ça contribue à obscurcir la démarche de réalisation des projets publics en PPP.

Je crois qu’un des rôles que nous devons embrasser comme économistes, est de faire la lumière sur ces non-dits relatifs aux P3. Par exemple :

· Qu’il y a une courbe d’apprentissage à la réalisation en mode de PPP. Les économies générées ne seront peut-être pas au rendez-vous dès le premier projet, mais plus nous en ferons, plus nous serons habiles avec cet outil. Comme dans tout processus d’apprentissage, il faut accepter qu’il y ait des erreurs de commises au début pour ensuite profiter de notre expérience;
· L’autre grand non-dit en matière de PPP, c’est qu’il faudra s’ouvrir aux partenaires privés de l’étranger. Nos entreprises n’ont que peu d’expérience en partenariats public-privé et, pour dire franchement, plusieurs sont carrément réfractaires à assumer un risque supplémentaire. Mettez-vous à leur place! Ils ont la possibilité de réaliser un profit quand même appréciable, en prenant en charge un risque minimal. Pour elles, réaliser un PPP, c’est prendre la chance d’augmenter son profit, mais également de devoir assumer un risque important.

Il faudra donc les accompagner et les associer à des entreprises internationales expérimentées en la matière. Rappelez-vous l’émergence de SNC, avec la réalisation des grands chantiers hydroélectriques. Au début, SNC était un partenaire minoritaire, et elle a progressée… jusqu’à devenir un joueur majeur dans le monde. Et maintenant, c’est elle qui va apprendre aux autres!

Maintenant, c’est bien certains que des entreprises voudront prendre le moins de risque possible et avoir la plus grande part du projet… Bref, avoir le beurre et l’argent du beurre… Mais on sait bien que c’est impossible et même que ce n’est pas souhaitable. Quand je vous disais que nous aurions à faire preuve de pédagogie!

Un second ensemble de facteurs de réussite a trait au cadre institutionnel. Il requiert notamment:

· Une évaluation rigoureuse et indépendante des différents modes de réalisation;
· Un suivi et un contrôle adéquat;
· Des objectifs clairs et stables.

De façon assez intéressante, les succès comme les échecs présentés ici ont un point en commun : la présence ou l’absence d’une agence indépendante dédiée à la supervision du processus de réalisation du PPP.

Le seul qui en ait eu une formellement constituée est le projet du Cross-Israël Highway, mais on estime que plusieurs projets ont un organe informel qui joue le même rôle. C’est notamment le cas du Pont de la Confédération à l’Île-du-Prince-Édouard. Tous les projets mentionnés comme échec étaient pilotés directement par les instances politiques.

Le recours aux instances politiques est une habitude bien implantée dans nos mœurs. Encore la fin de semaine dernière, l’Association des ingénieurs-conseils du Québec déplorait la trop grande implication des avocats et des comptables dans le processus de démarrage du projet du CHUM.

Une façon de remédier aux interventions politiques et au retour en arrière sur des ententes déjà conclues est de faire appel à un ensemble d’indicateurs mesurables et vérifiables.

Si le Québec dispose de l’Agence des PPP, qui est soumise aux enquêtes du vérificateur général, il lui manque toujours un programme systématique d’étalonnage des projets publics.

En soit, c’est une lacune importante qui se reflète également sur la capacité d’utiliser le comparateur public pour évaluer les modes de réalisation ainsi qu’à saisir les avantages et les inconvénients des PPP et du mode traditionnel. S’il y a un chantier qui devrait être démarré incessamment, c’est bien celui de l’étalonnage des projets publics.

Le dernier ensemble de conditions de réussite est lié à la viabilité commerciale des projets. Un des grands avantages des P3 est de mettre le processus de concurrence au service du secteur public. Conséquemment, il faut :

· Un nombre suffisant de partenaire potentiels;
· Une entente originale faite sur mesure;
· Un partage des risques efficace;
· Une rémunération suffisante des risques assumés par le privé.

Par exemple, dans le processus de compulsory competitive tendering britannique, on demandait qu’au moins trois entreprises puissent concurrencer le service en régie et que l’appel d’offre soit lancé dans un journal local et un journal économique. Si ces conditions n’étaient pas remplies, on évaluait à juste titre que l’administration publique risquait d’être prise en otage par un fournisseur en situation dominante.

Le partage des risques est également une question primordiale. Certains risques sont mieux assumés par les utilisateurs ou par le secteur public, comme le risque d’inflation ou les « act of God ».

Le secteur privé peut toutefois être appelé à prendre en charge la plupart des risques techniques, de la conception jusqu’aux délais de production ou les dépassements de coûts. Il faut tout de même lui laisser la marge de manœuvre entrepreneuriale pour faire face à ces risques. C’est un autre attrait important des PPP : faire appel à l’expertise et à la créativité du secteur privé.

L’évaluation des ententes relève beaucoup plus du domaine légal qu’économique. Il serait donc difficile pour moi de me prononcer sur la qualité des ententes de partenariat conclues au Québec. J’aimerais néanmoins mentionner que l’entente de partenariat pour l’Autoroute 25 a remporté en mars dernier le prix du meilleur PPP nord-américain décerné par le magazine International Euromoney Project Finance.

CONCLUSION
En somme, lorsque l’outil est bien utilisé, les PPP peuvent apporter de nombreux bienfaits. Au Royaume-Uni, on estime que 73 % des projets réalisés en mode conventionnel ont connu un retard, contre seulement 22 % pour ceux réalisés en PPP.

Si les facteurs mentionnés aujourd’hui contribuent à maximiser les chances de succès des PPP, il faut mentionner qu’il n’y a pas de facteur unique d’échec. À cet égard, il semble d’ailleurs que le Québec, malgré d’importantes avancées encore à réaliser, soit sur la bonne voie pour réussir ses PPP.

Je me permets de conclure en proposant une piste de réflexion sur ce que devrait être la première vague importante de PPP au Québec.

On sait que le gouvernement devra investir 12 milliards en quatre ans dans son réseau routier. L’expérience internationale nous apprend que les PPP dans des domaines où le privé a déjà été impliqué et pour des projets de taille raisonnable ont plus de chance de succès.

Étant donné l’expérience des entreprises québécoises dans le domaine routier, il semble que les nombreux chantiers à venir pourraient faire l’objet de PPP. Ça serait également l’occasion de repenser notre façon de financer ces projets, puisque le secteur privé peut également prendre la responsabilité de trouver le financement d’un projet en PPP.

Merci beaucoup!
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In this conference I pronounced yesterday at the 33e Congress of the Economists from Quebec, I argue that PPPs are tools that we should not fear... if we have the good circumstances to use it and if we use it with good projects. I set up a framework where there are three main groups of success conditions: transparency and legitimacy, institutions and commercial viability.

Wednesday, May 14, 2008

Abolish the postal monopoly now! | Postes Canada: un peu d'air frais SVP!

Here is the transcript of a paper I published this morning in the National Post.
If Ottawa wants to ­continue to subsidize rural areas, it can

By Mathieu Laberge
Bill C-14, the examination of which resumed last week at the House of Commons, could open a small crack in the monopoly of Canada Post. If this bill is adopted, it will serve to abolish Canada Post’s exclusive privilege in the sending of letters abroad.
In an interview published on April 28, Canada Post president Moya Greene recognized that some of the corporation’s equipment is ageing — the United States Postal Service has actually relegated similar equipment to the National Postal Museum — and that decision-making processes in the public sector are more ponderous than in the private sector.
A few days after, in response to a recent controversy over the awarding of lobbying contracts, another Canada Post official stated in the Montreal daily La Presse that this organization “does not operate like other government departments because, in principle, it is a commercial Crown corporation” and is “a self-sufficient and competitive business.” If all these statements are true, why maintain a public monopoly on postal delivery?
The change involved by Bill C-14 is timid, however. Why not go further and challenge the entire Canada Post monopoly? The corporation itself does not necessarily seem opposed to this. In an opinion piece published in the National Post earlier this year, Canada Post’s president stated: “If the delivery of letters were opened to competition, we would respond to that challenge, too — as long as we were given the means and the same freedom to compete as others in our markets.”
Other countries, including Japan, Sweden, the Netherlands, New Zealand and Germany, have succeeded in reforming their postal monopolies while continuing to provide service everywhere within their borders. In New Zealand, for example, the government has opened all of the public corporation’s services to competition. The corporation must maintain its universal postal service, but is not required to keep prices uniform. In Japan, the government set up a fund to absorb the deficits of regional post offices. In every instance, there were improvements in productivity and in the quality of service.
By 2011, all postal services in European Union countries will be fully open to competition. This decision, taken last year, means that the last sector still reserved for the former public monopolies, non-express letters under 50 grams, will soon disappear.
In our era of Internet and wireless phones, the traditional post office is no longer an essential service, as it might have been in the 19th century. It should also stop being seen as a privilege of national sovereignty. Such symbolic concerns should be left to stamp collectors. These anachronisms must no longer serve as a pretext for blocking a fuller modernization and liberalization of postal services.
The post office really is just a service like any other for which consumers, including those in rural areas, should pay a realistic price set by market conditions. If the government wished for political reasons to continue subsidizing service in these areas for a certain time, it could do so in a more targeted way. Private postal service companies could be required to contribute to a fund to finance maintenance of service at reasonable cost outside urban areas. At a time when computers and cellphones are ubiquitous, consumers should have just as great a choice of supplier when they wish to post a letter as they do when they use these new technologies.
Mathieu Laberge is an economist at the Montreal Economic Institute.
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La version française de ce texte a déjà été publiée dans La Presse et a fait l'objet d'un billet ici.

Thursday, May 08, 2008

Prix des produits agricoles: les vraies causes | Agricultural prices: the real causes

Il y a quelques semaines, le documentariste Hugo Latulippe est allé à l'émission Tout le monde en parle présenter sa nouvelle série de documentaires. Pendant l'entrevue, il a abordé la question de la crise alimentaire actuelle. Il n'a pas manqué d'attribuer la hausse des prix des produits agricoles aux capitalisme et à l'organisation de la société autour du profit!
Je n'ai pu m'empêcher de penser qu'Hugo Latulippe devait avoir soit une connaissance très sommaire de l'économie, soit une réflexion à très courte vue pour déclarer des énormités de la sorte... Il y un ensemble de facteurs qui influent sur les prix des denrées alimentaires, et il est vrai que la spéculation est parfois un de ces facteurs. Mais actuellement, il me semble que demande accrue pour les produits agricoles explique mieux que la spéculation la crise alimentaire.

(Source: www.onf.ca)

Or, d'où provient cette demande pour le maïs et le soya? Vraisemblablement, elle provient du développement rapide des biocarurants, comme l'éthanol. Fabriqués à base de maïs notamment, la croissance de la popularité de l'éthanol a créé un accroissement de la demande pour les céréales. Comme quiconque a fait des cours d'économie au cégep, il en résulte une augmentation des prix. Selon une étude du FMI (en anglais), la croissance de la demande dûe à la production d'éthanole explique 70 % de l'augmentation du prix du maïs et 40 % de celle du soya.

Il va de soit que si la production d'éthanol s'est si rapidement développée, c'est qu'elle a fait l'objet de subventions importantes suite aux pressions des groupes environnementaux. Loin d'être le capitalisme ou le marché qui cause la crise actuelle, ce serait plutôt les politiques mal avisées sous l'impulsion des lobbies environnementaux. Il y a là un dogmatisme qu'on a observé dans le cas des éoliennes au Québec où des écologistes ont appuyé des projets développés dans un manque de transparence complet.
Je ne suis pas de ceux qui nient la nécessité de faire quelque chose pour sauvegarder l'environnement, mais encore faut-il le faire correctement. Les curés verts seront confondus!

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A few weeks ago, the filmaker Hugo Latulippe went to Tout le monde en parle, a popular TV show on the French channel of the CBC. During the interview, he talked about the food crisis we actually know, attributing it to capitalism and companies seeking profits.

I couldn't help it, I thought Latulippe must have either a very bad economic knowledge or a very short sighted reflexion to say such absurd things on national TV. Many factors can influence agricultural prices, and it is true to say that speculation may be one of these. However, with the actual food crisis, I think there much more important factors than speculation, notably an increase in the demand for agricultural products.
And where does this increased demand for corn and soybean comes from? Apparently from the new popularity of biofuels, such as ethanol. Made from cereal, the increased demand for biofuels also created a sharp increase in demand for agricultural products. As anybody who made a module in economics in College knows, it results in an increase of price. According to a new study by the IMF, "biofuels accounts for 70 percent of the increase in corn prices and 40 percent of the increase in soybean prices."
It is obvious that generous subsidies given to the biofuels companies, under the pressure of environmentalist lobbies, contributed a large part in the development of the industry and thus to food prices increase. Far from being caused by capitalism, the food crisis seems to find its origin in bad policies adopted under the green lobbies. There is some dogmatism under these policies which resemble pretty much the one of environmentalist who encouraged bad wind power projects in Quebec. (in French)

I agree we must do something to help the environment. But we have to do it consciously and correctly. Doing anything without thinking about it carefully won't help. Green preachers might be the cause, not the solution...

Wednesday, May 07, 2008

Hypocrisie souverainiste | Sovereignists' hypocrisy

Il y a quelque chose d'hypocrite dans la réaction de Gilles Duceppe aux déclarations de la Gouverneure générale, Michäelle Jean (en anglais), en visite à Paris dans le cadre du 400e de Québec.

Qu'on soit d'accord ou pas, il n'est pas surprenant que Michäelle Jean veuille faire du Canada une "authentique nation": elle en est le chef d'État. Il n'y a rien de surprenant non plus à ce que Gilles Duceppe s'en offusque: il a tellement bien intégré le rôle d'opposant qu'il s'y confine de plus en plus.

Là où il y a carrément de l'hypocrisie, c'est quand Gilles Duceppe dénonce l'appel lancé à la France à regarder au-delà du Québec pour appuyer l'ensemble des communautés francophones du Canada.

(Source: www.gg.ca)

J'ai quelques nouvelles pour Gilles Duceppe... Non, le Québec n'est pas le seul bastion francophone d'amérique, bien qu'il soit le principal. Et non, ils n'ont pas le monopole de la représentation des francophones américaines.


Quand entend-on les leaders souverainistes annoncer des mesures d'aides aux francophones d'ailleurs au Canada? Si les souverainistes eux-mêmes n'avaient pas abandonnés les francophones hors-Québec, peut-être que cet appel de Michäelle Jean serait aujourd'hui caduc...





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There is some hypocrisy in Gilles Duceppe's reaction (in French) to the Governor general's declaration in Paris. Michäelle Jean is in France to celebrate Quebec City's 400th year.

Want it or not, that Michäelle Jean wants to make Canada an "authentic nation" has nothing surprising: she is its Chief of State. Nor there is something surprising that Gilles Duceppe denounces this: he has so integrated its opposition role that he's forgetting to do anything else.

What comes to hypocrisy is when Duceppe denounces the demand from Michäelle to France to overlook Quebec and help all Canadian francophone communities.

I have some news for Duceppe... No, Quebec isn't the only French speaking place in Canada, although it's the principal one. No, the sovereignists don't have the monopoly on American French speaking communities' representation!

When did the souvereignist leaders announced a measure to help French speaking communities outside Quebec? If the sovereignists themselves hadn't abandoned the other French speaking communities of Canada, may be Michäelle Jean's call would be obsolete now...

Monday, May 05, 2008

Postes Canada : de l’air frais S.V.P. ! | Canada Post: Some fresh air, please!

Voici le texte d'un article que j'ai publié dans La Presse de ce matin.
Pourquoi maintenir un monopole public sur la livraison du courrier ?

Mathieu LABERGE
L'auteur est économiste à l'Institut économique de Montréal

En réponse à une controverse récente sur l’attribution de contrats de lobbyisme, une représentante de Postes Canada déclarait que cet organisme « ne fonctionne pas comme les autres ministères puisque, en principe, elle est une corporation commerciale de la Couronne, […] une société autosuffisante et compétitive » Si tel est le cas, pourquoi maintenir un monopole public sur la livraison de courrier ?

Le projet de loi C-14, dont il est possible que l’étude reprenne prochainement à Ottawa, pourrait ouvrir une petite brèche dans ce monopole. S’il est adopté, il fera en sorte d’abolir le privilège exclusif de Postes Canada dans la transmission de lettres à l’étranger. Ce changement reste néanmoins timide. Pourquoi ne pas aller plus loin et remettre en question la totalité du monopole de Postes Canada ? La société d’État elle-même ne semble pas nécessairement s’y opposer. Dans une lettre d’opinion publiée au début de janvier (National Post, 10 janvier 2008), sa présidente Moya Greene déclarait que « si la distribution du courrier était soumise à la concurrence, nous répondrions aussi à ce défi – à condition de recevoir les moyens et la même liberté que les autres de concurrencer dans nos marchés ».

Des expériences positives
D’autres pays, dont le Japon, la Suède, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande et l’Allemagne, ont réussi à réformer leurs monopoles postaux avec succès, tout en continuant à offrir des services partout sur le territoire. Par exemple, en Nouvelle-Zélande, le gouvernement a soumis l’ensemble des services de la société publique des postes à la concurrence. Il a requis qu’elle maintienne son service postal universel, sans toutefois conserver l’uniformité des prix. Au Japon, le gouvernement a mis sur pied un fonds pour éponger les déficits des bureaux postaux régionaux. Dans tous les cas, on a noté une amélioration de la productivité et de la qualité des services.

D’ici 2011, tous les services postaux des pays de l’Union européenne seront d’ailleurs entièrement ouverts à la concurrence. Cette décision prise l’année dernière signifie que le dernier secteur encore réservé aux anciens monopoles publics, c’est-à-dire les lettres « non express » de moins de 50 grammes, disparaîtra bientôt.À l’ère d’internet et du téléphone sans fil, la poste traditionnelle n’est plus un service essentiel, comme elle pouvait l’être au XIXe siècle. On devrait aussi cesser de la voir comme un apanage de la souveraineté nationale et laisser ces préoccupations symboliques aux collectionneurs de timbres. Ces anachronismes ne devraient plus servir de prétexte pour bloquer une modernisation et une libéralisation plus poussée des services postaux.

La poste n’est en fait qu’un service comme les autres, pour lequel les consommateurs, y compris ceux des régions rurales, devraient payer un prix réaliste, fixé par les conditions du marché. Si, pour des raisons politiques, le gouvernement souhaitait continuer pendant un certain temps de subventionner le service dans ces régions, il pourrait le faire de façon plus ciblée. Les compagnies privées de services postaux pourraient également devoir contribuer à un fonds pour financer le maintien de services à coût raisonnable en région. À l’ère de l’omniprésence des ordinateurs et des cellulaires, les consommateurs devraient avoir autant de choix de fournisseurs lorsqu’ils désirent poster une lettre que quand ils se servent de ces nouvelles technologies.

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In this paper published today in Montreal daily La Presse, I argue we should privatize Canada Post instead of maintaining a public monopoly for postal services. Bill C-14, which study might restart soon in the House of Commons, would open the monopoly on international postal services to competition. It is a very slight change, though.

Some countries, New Zealand, Japan and countries from the European Union among them, already opened their public postal services to competition. They experienced in all cases an improvement in the quality and efficiency of the service. If, for political reasons, we want to assure an equivalent service on all the territory, there are better ways to do it. For example, we could create a fund to finance Post offices in region.

Sunday, May 04, 2008

2,12 $ par année | $ 2,12 per year

Je profite de la chronique d'Alain Dubuc de ce matin dans La Presse pour revenir sur les données du recensement publiées cette semaine. Selon la nouvelle analyse de Statistique Canada, le salaire des ménages canadiens n'a augmenté que de 53 $ en termes réels en 25 ans, soit 2,12 $ en moyenne par année. Ces statistiques sont alarmantes parce qu'elles traduisent une réalité que nous préférons ne pas voir. Il faut toutefois apporter également quelques bémols.
C'est vrai, depuis 25 ans les salaires ont stagné. Lorsqu'on regarde les revenus totaux, le constat est légèrement différent toutefois. Les gains totaux incluent les revenus d'emploi (salaires), mais également les revenus de transferts publics (programmes sociaux) et privés (revenus de pension privés) et les revenus de placement. Or, les revenu totaux ont augmenté beaucoup plus rapidement que les gains salariaux. Pour l'ensemble des familles économiques, ils ont crû 6 fois plus rapidement. Pour certains segments de la population, notamment les familles monoparentales menées par une femme, les gains ont dépassé 25 %.
Ces données nous disent essentiellement deux choses. D'abord, il y a une transformation dans les sources de revenus. Par exemple, les baby boomers qui partent graduellement à la retraite ne peuvent compter sur des revenus du travail importants, même quand ils continuent de travailler à leur compte ou à temps partiel. Ils retirent toutefois une part plus importante de leurs revenus des régimes de retraite privés et de leurs REER. Ces sources de revenus sont comptées dans les revenus totaux, mais pas dans les revenus salariaux. La deuxième chose que nous apprennent les données sur les revenus totaux, c'est qu'une redistribution s'opère via les programmes sociaux. Si les ménages les plus riches sont 13 fois plus riches que les ménages les plus pauvres AVANT IMPÔTS, ils ne sont plus que 7 fois plus riches APRÈS IMPÔTS.
Pour ce qui est des gains salariaux, je suis donc parfaitement d'accord avec Alain Dubuc: la redistribution via la fiscalité et les programmes sociaux n'a que peu d'amélioration à apporter à long terme (même si elle peut amoindrir le choc à court terme). Il faut plutôt encourager l'investissement pour augmenter la productivité et permettre aux ménages touchés par les mises à pied de se réorienter en favorisant l'éducation continue. Bref, mieux vaut apprendre à pêcher que de distribuer du poisson!
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I took the opportunity from today's column from Alain Dubuc in La Presse (in French) to come back on the census data released last week. According to the new analysis from Statistic Canada, the earning of Canadian economic families grew by only $ 53 in real terms in 25 years, representing an average increase of $ 2,12 per year. This is a clear warning to those who want to believe that it's business as usual. But people must bear in mind some facts before getting too alarmed.
It's true, earnings didn't grew much in the last 25 years. However, we have to look to the families' total income to gather a bit more information. Total income not only include work earnings, but also public (social programs) and private (pension plans) transferts as well as savings income. It is important to note that total income grew much faster than earning for the same period: 6 times faster for all economic families. For some segments of the populations, notably monoparental families lead by a woman, the increase in total income reach 25 % in 25 years.
These data tells us two stories. First, there is a deep transformation in the sources of income. For example, baby boomers retiring gradually do not earn much from their work, even when they work part time or on their own. However, they have important imcomes from their private pension plans and RRSPs. That revenu isn't accounted in earnings but it is in total income. It also tells us that there is redistribution at work in Canada. If the high income families are 13 times richer than poorer families BEFORE TAX they are only 7 times richer AFTER TAX.
For earnings, I must then agree with Alain Dubuc's opinion. Fiscal redistribution and social programs cannot do a lot in the long term (even though it can help to diminish the adverse impact of sackings in the short term). We have to rely more on investments to increase productivity and on reorientation schemes that could be implemented by favouring continued education. In short, we are better to learn people how to go fishing than give them the fishes!

Saturday, May 03, 2008

Morgan Stanley: les effets pervers des crédits d'impôts | Morgan Stanley: Reverse effects of tax credits

Dans sa chronique d'aujourd'hui et sur son blogue de cyberpresse, Sophie Cousineau révèle que des 500 employés qui travailleront pour Morgan Stanley à Montréal, seulement 300 seront nouvellement créés. Les 200 autres proviendront d'un transfert d'employé en provenance d'un partenaire de Morgan Stanley. Bref, ce sont des emplois qui existent déjà dans la métropole québécoise.
On peut s'insurger contre cette tactique, ou ce péché par omission comme l'appelle la chroniqueure de La Presse, mais force est de constater qu'elle est le résultat du programme de crédit d'impôt à l'emploi dans le secteur des technologies de l'information (TI) annoncé dans le dernier budget de Monique Jérôme-Forget. Pour faire une histoire courte, la ministre des Finances a donné suite à une recommandation du rapport Gagné qui consistait à offrir aux compagnies de TI un crédit d'impôt équivalent à 30 % des salaires des employés jusqu'à concurrence de 20 000 $ par année par employé. Ce nouveau crédit devrait prendre fin en 2015 et remplacera les crédits d'impôts pour les entreprises de la cité du multimédia.
En soit, ce nouveau crédit est une amélioration par rapport aux anciens pour deux raisons. D'abord, il s'applique à l'ensemble du territoire québécois alors que le crédit précédent ne s'appliquait que dans la cité du multimédia. Il créé donc moins de distorsions (l'ancien crédit avait notamment mené à une hausse des loyers dans le quartier visé). Il est également meilleur parce qu'il est limité dans le temps: il doit cesser en 2015.
N'empêche, la demi-vérité qui est survenue lors de l'annonce, au mieux 300 nouveaux emplois plutôt que 500, est une conséquence directe de la forme que revêt ce crédit. En offrant une subvention conditionnée sur le nombre d'emploi créés et leur montant, il incite les entreprises à se fixer des objectifs en termes de création d'emplois plutôt que d'investissement ou de croissance. C'est ce qui fait que, dans le cas de Morgan Stanley, le gouvernement du Québec paiera 10 millions $ par année pour au mieux 300 emplois. C'est cher payé...
Si le gouvernement souhaitait tant encourager l'industrie des TI, il aurait été souhaitable d'encourager l'investissement en offrant un crédit d'impôt sur les investissements réalisés, pour récompenser les nouveaux investissements entrants dans la métropole québécoise. C'est un peu le propos que je tenais à la toute fin de cette entrevue diffusée hier au canal ARGENT.
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On her blog and in her today's column in La Presse (in French), Sophie Cousineau reports that Morgan Stanley will create only up to 300 new jobs in Montreal instead of the 500 announced earlier this week. The 200 other jobs will be a transfer from existings ones in a Morgan Stanley's partner in Montreal.
We can denounce that tactic, or sin by omission as the La Presse's columnist name it, but we have to acknolewdge that it is a direct consequence from the new tax credit for IT companies announced in the last budget of Monique Jérôme-Forget. To make a short story, the Minister of Finance put in place a recommendation from the Robert Gagné's report to create a tax credit equivalent to 30 % of the salaries of employees in the IT sector, up to $ 20 000 per employee per year. This new tax credit is expected to end in 2015 and to replace the old tax credit for the Cité du Multimédia in Montreal.
The new tax credit represent an improvement over the old one for two reasons. First, it is available for a company everewhere in the Province, while the old one was limited to the area of the Cité du Multimédia in Montreal. It is then less distorsive than the previous one that has caused an important increase of the rent in the area. It is also limited in time: it should end in 2015.
However, the half-truth of creating up to 300 new jobs instead of the 500 announced is a direct consequence of how the tax credit works. By offerin a subsidy to IT companie conditionned on the number of jobs and on the level of salaries, it gives the incentive to the industry to plan on those terms instead than on the basis of realized investments or growth. That's why the Quebec's governnent will pay 10 millions $ a year for 300 new jobs. It's quite expensive...
If the government wanted so bad to help the IT industry, it would have been much better to create a tax credit on investment, rewarding new capitals incoming for the IT industry in the province. That's what I was saying at the end of this interview broadcasted yesterday on canal ARGENT (in French).

Friday, May 02, 2008

Lettre aux manifestants du 3 mai | Letter to the May 3 demonstrators

Pour un système de santé public véritablement au service des citoyens, faisons place au privé!

Voici une lettre ouverte rédigée par mon collègue Marcel Boyer et adressée aux manifestants qui circuleront demain dans les rue de Montréal pour commémorer la fête des travailleurs. J'ai cru que les arguments sur la place du privé en santé valait la peine d'être mentionnés. Vous pouvez consulter la lettre à cette adresse également.

Marcel BOYER

Vice-président et économiste en chef de l'Institut économique de Montréal et titulaire de la Chaire Bell Canada en économie industrielle à l'Université de Montréal.


Les citoyens du Québec veulent un système de santé de qualité, universel et accessible. Plusieurs groupes de pression présents dans le domaine de la santé défendent bec et ongle, sous un discours toujours généreux et enrobé dans une langue de bois exemplaire, leurs intérêts propres, souvent aux dépens de la satisfaction des besoins des citoyens. On le voit clairement dans l’appel à manifester le 3 mai, lancé par une coalition bien pensante sous la direction des grandes centrales syndicales.

On prend bien soin dans cet appel de semer la confusion entre la qualité des soins rendus aux citoyens et le mode de prestation de ces soins. On associe subtilement système de santé public et prestation des soins par des entreprises et organismes gouvernementaux. Mais il ne faut pas oublier que ces organismes sont souvent contrôlés par des groupes d’intérêts politiques, professionnels et syndicaux, à l’exclusion des patients eux-mêmes! Ces groupes bénéficient de conditions de travail et d’une organisation du travail qui contribuent à l’inefficacité du système.

La qualité d’un système de santé public n’exige aucunement que la prestation des soins soit contrôlée par un système monopolistique d’organismes « gouvernementaux ». Les citoyens et les patients ont besoin de fournisseurs de services de santé compétents et efficaces. S’il s‘avère que ces fournisseurs sont des organisations gouvernementales super syndiquées, très bien. Mais la seule façon pour les citoyens de s’en convaincre, c’est de mettre tous les fournisseurs intéressés en concurrence. C’est ce qu’on pratique dans presque tous les domaines de notre vie privée et publique. Pourquoi pas dans notre système de santé?

Il revient au secteur gouvernemental de définir le panier de biens et services, tant en quantité qu’en qualité, couverts par le régime public. Mais il revient au secteur privé, composé des entreprises d’économie sociale, sociétés à but lucratif, coopératives et autres organismes intéressés, de produire et distribuer ces biens et services de santé sous contrat avec le secteur gouvernemental dans le meilleur intérêt des citoyens et patients. Bravo si les organisations incompétentes ou inefficaces qui empoisonnent notre système de santé public devaient, lorsque mises en concurrence, disparaître et laisser leur place à des organisations plus compétentes et efficaces. Un système concurrentiel pour la fourniture de services de santé devrait être l’essence même d’un système public, universel et accessible.

En France
Pour se convaincre de l’intérêt d’ouvrir notre système de santé aux fournisseurs privés, on peut considérer le cas de la France. Le système français, même s’il est loin d’être à l’abri de toutes critiques, obtient de meilleurs résultats que le nôtre et repose en partie sur des prestataires privés, souvent à but lucratif. Le système public français domine le nôtre sur presque tous les plans, en particulier en ce qui concerne les files d’attente, pratiquement inexistantes, et en ce qui a trait au taux de mortalité évitable dû à des soins de santé déficients. Le système français vient contredire les défenseurs du statu quo au Québec et montre que des fournisseurs de soins privés peuvent apporter une importante contribution à un réseau public de santé sans menacer les objectifs d’accessibilité et d’universalité des soins, bien au contraire.

En 2005, on dénombrait en France 1052 établissements de santé privés à but lucratif, soit 37 % du total, avec 21 % des lits. À titre de comparaison, le secteur privé à but lucratif aux États-Unis représente seulement 15 % de l’ensemble des hôpitaux et 12 % des lits! Les établissements privés à but lucratif français réalisent 50 % des chirurgies de l’appareil digestif, 40 % des chirurgies cardiaques, 75 % des opérations de la cataracte et 30 % des accouchements!

Fournisseurs publics et privés, à but lucratif ou non, sont pleinement intégrés au régime public d’assurance maladie, qui rembourse 75 % des dépenses de santé (92 % des frais d’hospitalisation), que ces dépenses aient été encourues dans un établissement privé ou public, le reste étant assumé par des assurances complémentaires et par les patients eux-mêmes. Depuis 2000, une couverture médicale universelle (CMU) couvre à 100 % tous les assurés à faible revenu et 50 % d’entre eux choisissent d’être soignés dans le privé!

Dernier clou : le taux de croissance annuel moyen des dépenses réelles de santé par habitant en France s’est élevé à 2,3 % (1995-2005), le plus faible taux des pays de l’OCDE après l’Allemagne et ce, malgré le vieillissement rapide de sa population. La concurrence dans le secteur hospitalier en France est un des facteurs clés qui expliquent ces résultats : en poussant les établissements à chercher constamment à améliorer la qualité de leurs services et à se démarquer des concurrents, elle les incite à innover et à limiter leurs coûts. Il n’est pas surprenant de constater que les Français montrent un des taux de satisfaction les plus élevés au monde à l’égard de leur système de santé.

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In this piece, published today and adressed to the demonstrators who will commemorate the Wokers' Day tomorrow, my colleague Marcel Boyer argue that involving the private sector in healthcare provision would help giving better care to Quebec's patients. He takes several examples drawn from the French example to demonstrate that a mix of public and private providers succeed in reaching high quality and more accessible treatments. You can read the "Letter to the May 3 demonstrators" on this web page (in French).