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Monday, February 01, 2010

Les baby-boomers: source du problème ou partie de la solution?


Bien que la plupart des économies occidentales seront touchées par un vieillissement de leur population, celle-ci sera plus rapide au Québec que dans les autres provinces canadiennes et que dans plusieurs pays occidentaux.

D’ici 2012, plus de 700 000 emplois devront être comblés au Québec. Au même moment, la population de 20 à 64 ans commencera à diminuer à mesure que les baby-boomers vieilliront. C’est donc dire qu’alors que de nombreux emplois seront disponibles, les travailleurs pour les combler seront de plus en plus rares.
Les conséquences de cette diminution du nombre de travailleurs sont nombreuses. Avec moins de travailleurs, il sera plus difficile de maintenir le niveau de croissance économique de la province. De fait, on prévoit que la croissance économique pourrait passer en dessous de sa moyenne historique au cours des prochaines années. Cela implique une stagnation, voire une lente diminution, du niveau de vie des Québécois. Les finances publiques s’en ressentiront également : si rien n’est fait, on prévoit des déficits structurels croissants d’ici à 2020. Et c’est sans compter les déficits conjoncturels découlant de la récession de 2008-2009.
Pas de solution miracle
Plusieurs solutions ont été avancées pour faire face au déclin du nombre de travailleurs au Québec. Par exemple, une hausse de la productivité de la main d’oeuvre pourrait contribuer à contrer l’effet négatif de cette diminution sur la croissance économique. Néanmoins, il est peu probable que la hausse de la productivité soit suffisante pour contrebalancer complètement l’effet du vieillissement de la population1.
De même, la hausse du niveau d’immigration pourrait constituer une réponse partielle au problème de diminution du nombre de travailleurs québécois. Celle-ci ne pourrait toutefois répondre entièrement au problème étant donnée l’existence de barrières à la mobilité de la main d’oeuvre et la nécessité d’assurer l’intégration des nouveaux arrivants sur le marché de l’emploi.

Finalement, la hausse de la natalité est une solution envisageable, mais à long terme uniquement. De fait, les enfants nés en 2010 n’intégreront le marché de l’emploi qu’entre 2025 et 2030. Étant donné l’imminence du déclin du nombre de travailleurs, la hausse de la natalité est donc une option imparfaite.
Accroître la participation des aînés au marché de l’emploi
Une dernière solution mérite d’être considérée. Il s’agit d’augmenter la participation des personnes de 55 ans et plus au marché du travail.

À l’heure actuelle, l’âge moyen de la retraite des Québécois est de 59 ans pour les femmes et de 61 ans pour les hommes. Cela est plus tôt que l’âge moyen de la retraite des Ontariens. De même, une plus faible proportion des Québécois de 55 ans et plus sont actifs sur le marché de l’emploi. Le taux d’activité des Québécois diminue d’ailleurs rapidement avec l’âge à partir de 50 ans.

Pour compenser complètement l’effet du vieillissement de la population sur la croissance économique, on estime qu’il faudrait pratiquement doubler le taux d’activité des personnes de 60 à 64 ans et augmenter celui des personne de 65 ans et plus. Alternativement, on pourrait tenter d’accélérer la tendance à la hausse du taux d’activité des personnes âgées et des femmes.

Il va sans dire que cette solution doit être appliquée de concert avec celles abordées précédemment. Pour lui assurer une chance minimale de succès, elle doit également s’implanter sur une base volontaire : on doit permettre aux gens qui le souhaitent de pouvoir travailler plus longtemps et non les obliger à le faire.
Cela passe notamment par des clauses de retraites plus souples au niveau des fonds de retraite, par une fiscalité qui encourage le maintien en emploi et la retraite progressive, par une lutte aux préjugés qui touchent les travailleurs âgés ainsi que par une meilleure coordination des programmes de réinsertion offerts aux personnes du troisième âge.
Pour y arriver, il faudra que les associations patronales, les syndicats, les associations professionnelles et l’État Québécois collaborent pour lever les freins au maintien et au retour en emploi des personnes âgées. Plusieurs pays ont adopté le virage du « vieillissement actif ». Dans les cas couronnés de succès, c’est la concertation et la mobilisation de l’ensemble des acteurs concernés qui a permis d’arriver à un résultat.
Pour de plus amples renseignements, veuillez consulter le rapport de projet à l’adresse suivante :
http://www.cirano.qc.ca/pdf/publication/2010RP-01.pdf

Friday, June 27, 2008

Effectifs infirmiers: une pénurie d'imagination? | Nursing staff: imagination missing?

Voici un texte que j'ai publié ce matin dans Le Devoir:
Mathieu Laberge, Économiste à l'Institut économique de Montréal (IEDM)

L'été est une période particulièrement pénible pour quiconque transige avec le système de santé québécois, c'est bien connu. Confrontés à une pénurie d'infirmières alléguée -- le ministère de la Santé et des Services sociaux estime qu'il faudrait 2643 infirmières supplémentaires en 2008 pour faire face à la demande -- les gestionnaires d'établissements de santé voient souvent avec appréhension arriver le temps des vacances estivales.
Pourtant, une étude de l'Institut économique de Montréal publiée récemment donne à penser que bon nombre d'infirmières sont prêtes à travailler dans le secteur privé, en sus de leur pratique normale dans le secteur public, et ainsi contribuer au désengorgement de nos hôpitaux. Selon cette enquête menée auprès de 1420 infirmières l'hiver dernier, il existerait une offre de travail supplémentaire de la part des infirmières que le secteur public n'arrive pas à concrétiser. La majorité des répondantes (54 %) auraient accepté de travailler dans le secteur privé pendant les quarts de jour en semaine, en plus de leur tâche habituelle dans le secteur public. En moyenne, les répondantes auraient offert jusqu'à 15 heures par mois, ce qui représente presque deux jours supplémentaires!
À ne pas négliger
Cette offre de travail équivaut en moyenne à l'apport de 3730 infirmières en équivalent temps plein pendant les quarts de jour en semaine, de 2210 pendant les soirs de semaine, de 1350 pendant les fins de semaine et de 290 pendant les congés fériés. Bien que modeste, cette offre de travail complémentaire ne saurait être négligée. Cette enquête permet de croire que la pratique dans le secteur privé ne causerait pas un déplacement de ressources humaines, puisqu'elle peut mener à un accroissement de l'offre de services, tant par une quantité supérieure d'heures travaillées que par une atténuation de la tendance à abandonner la profession. Il faudrait donc considérer la pratique mixte public-privé des infirmières comme une solution partielle, mais durable, aux besoins du système de soins de santé. En conséquence, une plus grande ouverture à la pratique mixte pourrait se révéler être un moyen de réduire la pression sur le système de santé québécois.
Un problème d'organisation du travail
Les résultats de l'enquête suggèrent aussi que l'actuelle pénurie d'infirmières au sein du système de santé public est un indice de problèmes plus profonds. Ceux-ci relèvent souvent de l'organisation du travail dans le secteur public, avec des règles rigides et un milieu de travail peu efficace et peu satisfaisant. À cet égard, le rapport de la Table nationale de concertation sur la main-d'oeuvre en soins infirmiers suggère des pistes de solution intéressantes, comme le mentorat, une meilleure flexibilité des horaires ou une stabilisation des équipes de travail. Malheureusement, on peut douter que ces mesures permettent d'accroître suffisamment le nombre d'infirmières et leur taux de rétention pour répondre à la demande croissante pour les soins de santé. Tout en rejoignant plusieurs des constats mentionnés par l'enquête de l'IEDM, la Table nationale de concertation, à laquelle tous les syndicats ont participé, se désole que des infirmières se détournent du secteur public. Elle propose de réduire le recours à la main-d'oeuvre indépendante et aux heures supplémentaires. Belle affaire! Pourtant, la popularité actuelle des agences de placement privées semble être surtout un symptôme des problèmes de flexibilité et d'horaires rigides de travail du secteur public, plutôt que la cause du manque d'infirmières.
* * * *
In this paper published today in Le Devoir (in French), I argue that the actual deficit of nursing staff in Quebec might be due to a bad work organization rather than on a true lack of workers. A study conducted by the Montreal Economic Institute reveals that more than half of those surveyed (54%) were open to working on weekdays in the private sector in addition to their regular duties in the public sector. The additional availability of nurses for the private sector would amount to hiring the fulltime equivalent of more than 3,730 nurses on weekdays, 2,210 on week evenings, 1,350 on weekends and 290 on holidays.
Unfortunately, when it comes to find solution to the health system problems, we often hear more about increasing budgets and spending more resources than on optimizing the actual available resources.

Thursday, May 08, 2008

Prix des produits agricoles: les vraies causes | Agricultural prices: the real causes

Il y a quelques semaines, le documentariste Hugo Latulippe est allé à l'émission Tout le monde en parle présenter sa nouvelle série de documentaires. Pendant l'entrevue, il a abordé la question de la crise alimentaire actuelle. Il n'a pas manqué d'attribuer la hausse des prix des produits agricoles aux capitalisme et à l'organisation de la société autour du profit!
Je n'ai pu m'empêcher de penser qu'Hugo Latulippe devait avoir soit une connaissance très sommaire de l'économie, soit une réflexion à très courte vue pour déclarer des énormités de la sorte... Il y un ensemble de facteurs qui influent sur les prix des denrées alimentaires, et il est vrai que la spéculation est parfois un de ces facteurs. Mais actuellement, il me semble que demande accrue pour les produits agricoles explique mieux que la spéculation la crise alimentaire.

(Source: www.onf.ca)

Or, d'où provient cette demande pour le maïs et le soya? Vraisemblablement, elle provient du développement rapide des biocarurants, comme l'éthanol. Fabriqués à base de maïs notamment, la croissance de la popularité de l'éthanol a créé un accroissement de la demande pour les céréales. Comme quiconque a fait des cours d'économie au cégep, il en résulte une augmentation des prix. Selon une étude du FMI (en anglais), la croissance de la demande dûe à la production d'éthanole explique 70 % de l'augmentation du prix du maïs et 40 % de celle du soya.

Il va de soit que si la production d'éthanol s'est si rapidement développée, c'est qu'elle a fait l'objet de subventions importantes suite aux pressions des groupes environnementaux. Loin d'être le capitalisme ou le marché qui cause la crise actuelle, ce serait plutôt les politiques mal avisées sous l'impulsion des lobbies environnementaux. Il y a là un dogmatisme qu'on a observé dans le cas des éoliennes au Québec où des écologistes ont appuyé des projets développés dans un manque de transparence complet.
Je ne suis pas de ceux qui nient la nécessité de faire quelque chose pour sauvegarder l'environnement, mais encore faut-il le faire correctement. Les curés verts seront confondus!

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A few weeks ago, the filmaker Hugo Latulippe went to Tout le monde en parle, a popular TV show on the French channel of the CBC. During the interview, he talked about the food crisis we actually know, attributing it to capitalism and companies seeking profits.

I couldn't help it, I thought Latulippe must have either a very bad economic knowledge or a very short sighted reflexion to say such absurd things on national TV. Many factors can influence agricultural prices, and it is true to say that speculation may be one of these. However, with the actual food crisis, I think there much more important factors than speculation, notably an increase in the demand for agricultural products.
And where does this increased demand for corn and soybean comes from? Apparently from the new popularity of biofuels, such as ethanol. Made from cereal, the increased demand for biofuels also created a sharp increase in demand for agricultural products. As anybody who made a module in economics in College knows, it results in an increase of price. According to a new study by the IMF, "biofuels accounts for 70 percent of the increase in corn prices and 40 percent of the increase in soybean prices."
It is obvious that generous subsidies given to the biofuels companies, under the pressure of environmentalist lobbies, contributed a large part in the development of the industry and thus to food prices increase. Far from being caused by capitalism, the food crisis seems to find its origin in bad policies adopted under the green lobbies. There is some dogmatism under these policies which resemble pretty much the one of environmentalist who encouraged bad wind power projects in Quebec. (in French)

I agree we must do something to help the environment. But we have to do it consciously and correctly. Doing anything without thinking about it carefully won't help. Green preachers might be the cause, not the solution...